Entre MINUSCA et MISCA, il n’y a qu’un « NU »

Au  moment de l’adoption de la résolution du Conseil de sécurité des nations unies, ayant trait au changement de statut (de nom) de la force Onusienne en République Centrafricaine, j’avais exprimé ma perplexité dans le posting ci-dessous. Je regrette que la succession des événements, et le déroulement du processus de viabilisation de ce pays qui risque la partition, ne m’aient pas démenti.

Le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), dans sa résolution n° 2149, adoptée à l’unanimité des quinze membres, a autorisé la mise en place en République centrafricaine (RCA), d’une force de casques bleus, devant être composée de près de 12 000 hommes. 

Cette force onusienne, baptisée MINUSCA, est censée remplacer la MISCA, composée principalement de forces africaines qui épaulaient les militaires français de l’opération Sangaris

Sangaris RCA Misca

Eléments de la force Française Sangaris

Sans complaisance aucune, il faut avouer que la France, comme le fut son intervention au Mali, avait promptement réagi aux événements qui continuent de déchiqueter la RCA. Cependant, l’effet de son action a été handicapé par un certain nombre de facteurs. 

En plus de l’ampleur surprenante de la tâche, ce qu’on appelle « la communauté internationale » a fait montre d’une immobilité navrante et d’une nonchalance surprenante vis-à-vis du drame que connaît ce pays depuis bientôt une année. 

le Tchad se retire de centrafrique

Retrait tchadien de RCA

Certaines considérations et contingences liées à la proximité et l’imbrication entre les populations de la RCA et du Tchad, ont contraint ce dernier, dont l’armée est réputée l’une des plus professionnelles et la mieux aguerrie parmi ses consœurs du continent, à retirer de la MISCA la totalité de son contingent.

La décision de l’Organisation onusienne, bien que louable au niveau des principes, me pousse aux remarques et interrogations suivantes :

C’est un constat et un aveu d’échec de l’Afrique entière, dont les armées ne savent réussir que le renversement de l’ordre constitutionnel, et la déconfiture de ce qui fut l’Etat centrafricain n’en est que le corollaire.

Nous ne pouvons qu’acter, que la force africaine annoncée par François Hollande à Paris, lors de son « conclave » des 6 et 7 décembre 2013 avec les 53 chefs d’Etat africains, dans le cadre du sommet de l’Elysée pour la paix et le développement, n’est qu’une chimère.

Il va sans dire que Monsieur Ban Ki-moon n’a pas d’armée sous les ordres de l’organisation. La constitution de la force dont la formation a ainsi été décidée autorisée, dépendra des contributions des pays membres de l’ONU

Les Occidentaux, qui maîtrisent les techniques et disposent de la logistique, sont généralement peu enclins à envoyer des troupes au sol. Les dirigeants africains, quant à eux, sont habituellement trop hésitants pour envoyer des troupes à l’extérieur. Ils ont toujours du mal à trancher le dilemme, s’il faut les éloigner pour se prémunir de leurs manigances et l’appétit insatiable des officiers supérieurs, ou les garder à côté pour les maintenir au « trône » en cas d’imprévus.

Aussi, la mobilisation de près de 12 000 personnes pour une durée qui a de fortes chances de s’éterniser, demande des moyens financiers énormes. Les membres de la « communauté internationale » sont réputés généreux aux promesses, mais ont le « poignet très dur » quand il faut mettre la main à la poche, particulièrement pendant ces périodes de vaches maigres.

La période de 5 mois programmée pour que la MINUSCA prenne totalement la relève de la MISCA, risque donc de s’allonger. Les coûts et les dégâts avec. Il faut moins que 150 jours pour que les rivalités entre musulmans et chrétiens, Balakas et SelekaBozizé et Djoto Dia, aient raison de ce qui reste de ce pays meurtri, et aggravent l’effroi de ses innocents enfants terrorisés depuis l’empire de Bokassa 1er et qui ne semble pas, à mon profond regret, avoir été le dernier. Maintenant, nous vivons les massacres au quotidien. Qui est sûr qu’il ne sera pas question,demain, du génocide centrafricain ?

Il est établi aujourd’hui qu’il n’y a plus d’Etat en RCA. Il est à craindre que les velléités séparatistes qui semblent distiller l’idée d’une partition du pays ne s’enracinent. Ce n’est pas l’ONU qui va nous restituer en Centrafrique, un Etat structuré, des populations réconciliées, et une armée reconstituée. 

L’ONU a peut-être des résultats relativement positifs à mettre surtout à l’actif de ses agences techniques et spécialisées, mais je ne lui connais pas de réussite éclatante dans le domaine de la prévention ou la gestion des conflits.

Je n’ai vu finalement comme différence entre MINUSCA et MISCA, que le « Nu ». Je le trouve particulièrement expressif et prémonitoire. Expressif parce qu’il met à nu l’incapacité de nos dirigeants africains qui consacrent des budgets énormes à leur garde présidentielle, et laissent les armées de leur pays dans l’incapacité d’être utiles à un peuple frère et voisin. Prémonitoire, parce que les jours montreront que l’intervention de l’ONU, projetée sous la forte pression de la France, ne fera pas bonne référence dans le domaine.

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