France : désaccord, en nombre, sur le genre

Je me considère comme un observateur attentif et régulier, pour ne pas avoir la prétention de dire averti, de l’actualité française, depuis le temps où le célèbre Jacques Chancel animait sur France Inter, son impeccable et particulièrement instructive «radioscopie ». Mais depuis ces derniers mois, je doute fort qu’avec une radioscopie, voire une IRM (Imagerie par Résonance magnétique), je puisse arriver à comprendre où va la France sociétale. Surtout, ce que veulent les Françaises qu’on fasse encore pour elles, mais aussi ce qu’elles veulent faire de leurs compatriotes, jusqu’ici, de l’autre sexe.

En France, à ce qu’il me semble, Il n y a pas ce qui n’a pas été fait pour rétablir la femme dans ses droits, respecter sa dignité, restaurer son image, la hisser au niveau de l’égalité -tant souhaitée- avec l’homme.
Son combat a commencé par le droit au vote et à l’éligibilité. A son attachante féminité, elle a ajouté un non indispensable, mais compréhensible féminisme. Elle s’est employée à lutter contre diverses formes de harcèlement et de machisme. Sa lutte pour le droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), l’égalité des rémunérations, la discrimination positive, la parité, a été couronnée d’un relatif, mais réel succès.
En dépit de ces avancées, pour le moins significatives, nous voilà maintenant avec le sexisme. On croyait avoir mis le train de l’égalité sur les bons rails. Mais, à chaque fois, on nous invente un nouveau concept, une tare supplémentaire, une autre raison de nous culpabiliser, un motif nouveau pour nous faire blêmir. Comme maigre, mais bonne consolation, ceci nous offre l’inégalée opportunité pour que nous énumérions, sans rentrer dans les détails et les particularités, ce qui a été fait, et continue à l’être, pour nos valeureuses françaises.
Au moment où, au 21e siècle, certains pays qui pèsent lourd sur l’échiquier mondialisé, ne se limitent pas à priver les femmes du droit élémentaire de conduire un véhicule, mais leur dictent aussi comment elles devraient se conduire elles-mêmes, au risque de se faire éconduire, nos particulièrement exigeantes, et légitimement ambitieuses françaises devraient remercier le ciel.
Effectivement, les Françaises votèrent dès le 29 avril 1945, à l’occasion des élections municipales, puis participèrent au scrutin national le 21 octobre de la même année, car l’ordonnance du 21 avril 1944 prise par le gouvernement provisoire du général de Gaulle à Alger avait stipulé que « les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes« . Deux ans et demi plus tard, le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, ira plus loin pour consacrer l’égalité, devise de la République, dans les principes fondamentaux de celle-ci: « la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme« .
La femme est donc lancée, voire propulsée, dans tous les domaines, où elle aura désormais accès à l’éducation, au travail, aux fonctions civiles et militaires de l’Etat, en plus de l’initiative libérale, laissée à son libre choix et selon sa vocation.
Le président Valéry Giscard d’Estaing, est connu pour avoir particulièrement promu, au cours de son septennat, un bon nombre de femmes à de hautes fonctions.
Cette dynamique se renforcera avec l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir, le 10 mai 1981. Ses deux septennats connaîtront l’implication effective et significative des femmes dans les sphères de prise de décision. Cette période se singularisera par la promotion, pour la première et unique fois dans l’histoire de la République française, d’une dame, en la personne de Mme Edith Cresson, au poste de premier ministre le 15 mai 1991.
Le premier « Gouvernement Juppé », 25e de la Ve République française, compta 27,9 % de femmes : 4 femmes ministres et 8 femmes secrétaires d’Etat. Malheureusement, le second n’en comptera plus que 12,5 % : 4 femmes sur les 32 ministres et secrétaires d’Etat. Pour ceux en France qui n’aimaient pas encore que les femmes se mêlent de politique, celles-ci seront ironiquement surnommées « les Juppettes ».
La composition de ce gouvernement, dont 40 % des ministres étaient issus de milieux peu favorables aux droits des femmes, va pousser celles-ci à descendre en grand nombre dans la rue. Les mots d’ordre mis en avant étaient le droit à l’avortement et à la contraception, le droit au travail, l’égalité homme-femme dans tous les domaines, le refus du retour de l’ordre moral.
Dans tous les gouvernements, les femmes ont occupé des fauteuils ministériels stratégiques, y compris ceux dits de souveraineté. On peut citer, uniquement à titre d’exemple, Martine Aubry, Ségolène Royal, Elisabeth Guigou, Michèle Alliot-Marie, Christine Albanel, Françoise de Panafieu, etc.
Le gouvernement socialiste de Jean-Marc Ayrault comptait des femmes ministres, tandis qu’avec l’actuel premier ministre Manuel Valls, c’est la parité quasi parfaite.
Le tableau est donc complet, à défaut d’être parfait. Pourquoi donc ce nouveau mouvement visant à féminiser le masculin, sans masculiniser le féminin ? Ces derniers jours, j’ai suivi un tapage qui a partagé les Français, à l’image de ce qui s’était passé au moment des débats autour de la loi Taubira, dite « mariage pour tous ».
Pour bien comprendre, il faut savoir que « des lycéens membres du conseil académique à la vie lycéenne (CAVL) de l’académie de Nantes se sont mobilisés pour la mise en œuvre d’une action de lutte contre le sexisme« . La journée est appelée « Journée de la jupe« , pour reprendre le titre d’un ouvrage de Christine Bard sur le sexisme.
A la suite de cette initiative parrainée par le ministère de l’Education, l’académie de Nantes a demandé aux garçons lycéens de porter des jupes à l’école durant la journée de vendredi 16 mai 2014.
L’initiative dont l’objectif, selon l’académie de Nantes, est de combattre le sexisme n’a pas manqué de choquer la Manif pour tous (LMPT). Le mouvement anti-mariage gay n’a effectivement pas tardé à s’insurger contre l’opération, en essayant de la faire interdire. Elle s’est finalement déroulée vendredi, comme prévu, mais seulement dans une trentaine de lycées des Pays de la Loire, qui en compteraient deux cents. C’était là une occasion de plus, pour que les adversaires du gouvernement y voient « une provocation de trop« , et   »une nouvelle illustration des conséquences de l’enseignement du genre à l’école« .
Pour dire vrai, je n’ai pas du tout compris pourquoi tout ce vacarme. Ne pouvait-on pas instaurer plutôt, ou suggérer, une tenue scolaire neutre, mixte, ou sans genre ?  C’est juste une question de bon sens …de boutons ou de braguettes, non ? Un garçon avec jupe, perdrait-il ses réflexes physiométaboliques ?  Est-il évident que les filles, dans leur grande majorité, seront mieux épanouies avec la métamorphose des garçons ? En respectant le principe sacro-saint de la liberté d’orientation…personnelle, n’est-il pas plus simple d’y associer le respect du choix vestimentaire et celui du type d’accoutrement qui sied à chacun ?
Il est à noter que cette initiative a apparemment divisé les Français. Certains, conformistes, attachés au sens traditionnel de la famille (mouvement de défense de la famille), ont manifesté contre ladite mesure. D’autres ont répondu favorablement, en enfilant leur jupes d’une journée. Sont-ils pour autant devenus non sexistes, amorphes, inoffensifs, incolores et inodores ? Rien n’est moins sûr ! Il n’est pas évident qu’un garçon dans  » sa  » jupe, deviendra plus féministe, ou moins sexiste qu’un autre dans son habit, naturellement et délibérément choisi. Il n’est pas non plus établi, qu’avec un jupon qui laisse entrevoir ses respectables fesses, une fille est plus libre et mieux épanouie qu’une autre aussi enveloppée qu’un épi de maïs arrivé à maturation. Il n’est pas valorisant de formater les individus, pour ensuite les robotiser et instrumentaliser. Revenons plutôt au valeureux principe qui fait que notre liberté s’arrête là où commencent les limites de celle d’autrui.
En outre, nous avons besoin que les linguistes et spécialistes de la langue française, s’il en existe encore qui résistent aux anglicismes et anglicisation, nous précisent que faire de l’accord en genre et en nombre que nous avons appris, lorsque nous avions fréquenté l’école avec nos pantalons, et pantacourts.
En tout cas, le lycéen sur la vidéo ci-dessous, lui, ne s’est pas posé les questions qui me taraudent l’esprit. Il a défié les manifestants, escaladé le mur, pour enfiler, ostensiblement et librement, son jupon.

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  1. […] premier, j’avais déjà consacré un billet, intitulé « France : désaccord, en nombre, sur le genre », lorsque, à la suite d’une initiative parrainée par le ministère français de […]

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