J’ai vu ce Niger, si fier

Monument Niamey

Monument Niamey

Le rêve fait souvent penser au célèbre « Dream » de Martin Luther King. Son seul dénominateur commun, avec mon histoire, est que mon rêve à moi, et son « Dream » à lui, sont tous les deux devenus réalités.

Projet échangeur Niamey

Projet échangeur Niamey

Dans le temps, attachés à leurs us et coutumes, les mauritaniens donnaient, au réveil, un morceau de sucre à tout celui qui relatait de bonnes ou belles choses « vues » ou « vécues » durant son sommeil. A l’époque, je n’avais pas bénéficié de ce privilège, le sucre étant, comme toutes les autres, une denrée rarissime. Mais ce n’était qu’un différé. Il n’y a pas plus succulent que la saveur de l’accomplissement d’un rêve, fut-il un rêve éveillé.

L’heure était tardive, et la fatigue commençait à avoir raison de mon endurance. Le long voyage, en plein Ramadan, commençait à totaliser vingt-deux heures, y compris un intermède peu reposant à Casablanca.

Sans m’en rendre compte, je m’étais un peu assoupi, et à vrai dire, j’en avais fort besoin. Subitement, j’ai été retiré de ce léger sommeil, par la voie de l’hôtesse de l’air qui annonçait à tous « Mesdames et Messieurs, nous commençons notre descente vers l’aéroport  Diori Hamani… ». Je n’ai pas entendu la suite, et n’étais pas tout à fait sûr d’avoir bien saisi le début, saccadé, en arabe. Je suis en bons termes avec cette langue, mais il y avait quelque chose dans ce que j’ai cru l’entendre dire qui ne me laissait guère indifférent. Je voulais en être sûr. Je fus rapidement édifié, quand elle répéta la même assertion, cette fois-ci, en intelligible français.  C’était bien l’aéroport Diori Hamani de Niamey.

Je savais pertinemment que la Capitale du Niger, Niamey était ma destination. Mais le nom que portait l’aéroport de la ville me fit voyager dans le temps, pour me ramener à mon adolescence.

Ainsi, avec un voyage à reculons dans le temps, je me suis trouvé dans l’une des années soixante, sans plus me souvenir exactement laquelle.

A Tidjikja, la capitale du Cercle du Tagant, au centre de la Mauritanie, j’accueillais, les Présidents Mokhtar Ould Daddah et Hamani Diori, qu’Allah les couvre de miséricorde.

Dans ma mémoire auditive, j’ai retrouvé, encore intactes, les chansons composées et exécutées pour l’occasion. Particulièrement, celle que chantait le célèbre griot, feu Ely Ould Eyde « Hamani Diori welmekhtar, mavihem aar oula meayar.. ». Ce qui voulait dire, à peu près,  « Hamani Diori et Mokhtar sont irréprochables ».

Ce jour-là, tous les notables du Cercle étaient de la partie, pour réserver un accueil exceptionnel au Président de la République et à son illustre homologue et hôte.

Parmi tout ce monde, l’Emir du Tagant, Feu Abderrahmane Ould Bakar Ould Soueid Ahmed, avait particulièrement attiré mon immature attention. Si son teint noir m’avait surpris, la sobriété de son accoutrement n’avait nullement entaché l’élégance de son imposante stature, et sa majestueuse démarche.

Survolté par cette ambiance festive, je fredonnais les chansons à la gloire des deux Présidents. Moi, à dire vrai, je ne savais pas exactement ce qu’ils présidaient.

C’est bien plus tard, que j’allais découvrir qu’il existait un Pays qui s’appelait le Niger, et que Hamani Diori en était le Président. Ensuite, j’ai eu la chance d’avoir des condisciples Nigériens. Ils brillaient d’intelligence, étaient bien élevés, et se singularisaient par une exceptionnelle générosité. Puis vint la maturité qui me permit de savoir qu’il y eut un brassage, à différentes époques, et pour diverses raisons, entre les peuplements de la Mauritanie et ceux du  Niger.

Ces découvertes fussent-elles disparates et éparses, ont suffisamment nourri en moi le désir de découvrir ce qu’était ce Niger, pour qu’il se transforme en rêve, que ne pensais jamais voir, un jour, exhaussé.

Le contact des trains de l’avion avec la piste d’atterrissage me ramena au présent de l’indicatif. Il m’indiquait, comme le confirma aussitôt l’hôtesse de l’air, que je venais d’atterrir à Niamey, capitale du Niger.  Le rêve était devenu réalité un dimanche 28 juillet 2013 à 03 heures locales.

A la sortie de l’appareil, l’air était doux. Comme le fut aussi le policier qui, avec un sourire empreint de sincérité, me rendit mon passeport après l’avoir vérifié avec respect et délicatesse. Il ne manqua pas de m’adresser la formule locale de bienvenue, qu’ils distribuent généreusement à tout arrivant : « bonne arrivée ». J’étais donc chez moi. Et, à vrai dire, depuis ce moment je n’ai jamais senti le dépaysement.

Le Niger vous adopte aussitôt. Les Nigériens, eux, vous séduisent vite fait. Ils ont, entre autres, une exceptionnelle qualité, que je n’ai jamais rencontrée ailleurs : au premier contact, vous avez l’impression de les avoir connus depuis toujours. Ils associent une prudente réserve, à une grande ouverture d’esprit. Ils sont d’une honorable sobriété, associée à une grande et raisonnable fierté. Ils sont respectables et respectueux.

Leur musique est envoutante. En l’écoutant, j’ai pensé, sans comprendre pourquoi, au Tajmahal, à la muraille de chine, à Djinné, aux vestiges de la civilisation de Saba au Yemen. Bref à toutes les merveilles du monde, classées comme telles ou non. Ici, tout, ou presque, est merveilleux.

Au Niger, vous atterrissez à Hamani Diori, vous visitez le Stade Seyni Kountché, et vous traversez le Boulevard Askia Mohamed.

C’est un pays qui s’assume, et respecte son histoire. Il honore ceux qui en ont été des acteurs, quels qu’aient été les soubresauts, les hauts et les bas. On n’invente pas l’histoire, on l’écrit, on la conserve, et on la capitalise. C’est ça une Nation qui se respecte.

C’est une nation ouverte sur le monde globalisé/mondialisé, ancrée dans son environnement régional, enracinée dans ses valeurs, fière de ses capacités, immensément riche de sa complémentarité dans la diversité, généreuse dans la solidarité, et bien tournée vers le devenir de ses générations à venir.

Au Niger, vous êtes marqués par la splendeur de cette magnifique mosaïque, qui s’est constituée autour de valeurs fédératrices et immuables.

Au Niger, vous êtes impressionnés par les paysages aux couleurs assorties et aux reliefs méticuleusement et admirablement sertis.   

Les Nigériens sont d’une ferveur exceptionnelle dans leur piété. On trouve des lieux de culte à tous les coins de rue. Mais la piété ici, n’a d’égal que la tolérance et le respect de l’autre. Ici, l’autre n’est pas une chimère. Il existe réellement, pour l’autre.

A moins de 100 mètres à l’ouest de l’auberge où je me trouvais, le Muezzin a appelé à 5 heures pour la prière de l’aube. Plus tard, dans ma chambre, vers 08 heures, les échos du chœur d’un office religieux célébré dans une paroisse contiguë, du côté Est, à mon auberge me parvenaient, très audibles. Quelle belle cohabitation, et quelle admirable symbiose !

J’ai eu, je ne peux plus m’en cacher, un coup de foudre pour cet aimable peuple et séduisant pays. Comme j’ai déjà eu la chance et le privilège de le visiter, et bientôt l’opportunité de mieux l’explorer,  mon rêve maintenant, bien qu’exhaussé, a pris de l’ampleur.

Nous sommes, dans la région, les mêmes peuplements. Nous avons les mêmes soucis, et d’énormes potentialités. Nous partageons les mêmes valeurs, mais aussi faisons face aux mêmes défis. Notre complémentarité n’est pas à démontrer. Notre fraternité à laquelle nous ne pouvons continuer à nous dérober,  est une richesse à capitaliser.

Pourquoi n’essayons nous pas de faire de nos différences une incommensurable richesse, par la liberté, l’équité, la tolérance et la clairvoyance ?

C’est ça, maintenant, mon rêve. Et je vous invite, vous les Sahéliens, à le partager avec moi, jusqu’à ce qu’il devienne réalité vécue.


NB: j’ai publié ce billet ailleurs, peu de temps après mon arrivée à Niamey à l’aube du 28 juillet 2013. Je le republie ici pour qu’il honore mon nouveau blog. Mais aussi, à la suite d’une visite que j’ai eu le privilège d’effectuer à la réserve naturelle de Kouré (entre Niamey et Dosso). Je vous conseille vivement de faire de même. A cet effet, vous pouvez prendre les attaches de la Direction de la Faune, de la Pêche et des aires protégées au Ministère de l’Environnement, de la Salubrité Urbaine, et du développement Durable de la République du Niger.

Contacts: mariomar_issa@yahoo.fr ; hamissou.halilou@gmail.com (hamissou66@yahoo.fr)

 

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  1. […] déjà eu à exprimer dans un billet publié ici et là, combien j’avais été fasciné par le Niger, et combien j’avais été ravi de […]

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