Le monument du livre, et ‘’la vache qui lit’’

Je dois préciser que ce billet, au moment de sa première publication le 03/02/2013, avait pour but d’attirer l’attention des décideurs, sur la situation de délabrement dans laquelle se trouvait le monument du livre à Nouakchott. Je l’ai republié ici, pour rendre un vibrant hommage à la maire de notre Capitale qui, peu de temps après sa prise de fonctions, a entrepris des mesures louables et réalisé des actions concrètes, non seulement pour préserver ledit monument, mais aussi pour le mettre en valeur. Les photos à la une, et celle ci-dessous, illustrent bien l’évolution depuis la publication dudit billet. Ce constat me réconforte, et me rassure qu’elle pourrait bien réussir ce à propos duquel je m’interrogeais peu de temps après sa nomination/élection.

rénovation du monument du livre

Monument du livre rénové                                        Photo Bouceif Abdeljelil

Au vu du titre, on croirait que je compte parler d’une célèbre marque de fromage. Je ne vais pas, bêtement, enfreindre notre charte, par une promotion gratuite. Je me limiterai à la précision que la vache de ladite marque, quant à elle, rit. Ma vache à moi semble  intéressée, contrairement à nombre de mes concitoyens, par la lecture ou, tout au moins, son support traditionnel : le livre.

En effet, il ne peut échapper au moins curieux des Nouakchottois1 qui passerait par la place qui porte le nom de « Madrid »2, la situation pitoyable dans laquelle se trouve le monument symbolisant le livre. Au vu de ce spectacle d’extrême désolation, j’ai eu la vague impression, accompagnée d’une forte inquiétude, que les Mujao3, Aqmi4 et autres fanatiques assimilés du Sahel sont passés par là. C’est une profanation à la dimension de ce qui s’est passé aux villes historiques maliennes de Toumbouctou et Gao, où des mausolées ont été détruits, des lieux de cultes bafoués, des femmes violées et des biens usurpés et volés.

Dans notre culture  -comme toute autre- le livre est sacro-saint. Il est symbole de civilisation, témoin d’histoire et, à la fois, vecteur de savoir et support de mémoire.

Le piteux état dans lequel  j’ai vu la clôture qui protégeait ce monument, n’est pas du tout valorisant pour le pays du million de poètes que fut la Mauritanie, sans compter ce dont le Pays est en droit de se vanter, plus qu’un paon, comme grands érudits et éminents exégètes.

Imbu de ma culture, et viscéralement attaché à tout ce qui y a trait, j’ai dû me consoler, intérieurement,  par une conviction intime qu’il ne pouvait s’agir, en aucun cas, que d’un oubli, d’une négligence à laquelle il sera pallié illico presto.

En attendant, une vache semblait avoir pris des habitudes qui, si le statuquo perdurait, seront difficiles à changer. En effet, elle a fait de la clôture du monument -ou ce qui en reste- une haie où elle a élu domicile, et passe des siestes prolongées. La sieste, m’avait dit un ami, est la meilleure invention de nos ancêtres. Nous devons la faire breveter.

Apparemment jaloux des privilèges de « ma » vache, un petit groupe de ses congénères, semble avoir décidé de lui arracher cette confortable exclusivité, en partageant avec elle les avantages du site. La cohabitation semblait se dérouler dans un calme plat.

La petite communauté bovine ainsi constituée, semblait décidée à marquer son passage par des preuves indéniables, en distribuant généreusement les bouses qu’elle produit avec un rendement  respectable.

Les bouses sont, certes, des engrais organiques riches et bio. Mais, seront-ils utilisés pour faire pousser de la verdure tout autour du monument –une fois réhabilité- ou constitueront-elles tout simplement un alibi d’insalubrité pour pousser cet encombrant monument hors de l’enceinte qui l’abrite. Il est plausible que ça soit cette dernière hypothèse, eu égard à l’utilité commerciale de l’endroit et son alléchante rentabilité.

La réhabilitation et la restauration du fameux monument qui, il faut le reconnaître, a été érigé sur initiative privée et ressources propres de Madame Nancy Abeiderrahmane, ne semble pas figurer parmi les priorités du moment. Nancy a pris sa retraite. Le Ministère de la culture n’a pas celle de la préservation du patrimoine. La CUN5 ne s’en n’est pas occupé, et aucun des candidats à la Mairie cuvée 2013 n’a inscrit cette glorifiante action dans son programme-promesses. S’il va survivre à l’appétit de responsables toujours à l’affût de ce qui peut rapporter, le monument devra attendre longtemps avant que ne lui soit restitué l’honneur qui lui sied.

vache qui lit

Vaches en pause

En tout cas, la vache et ses acolytes, quant à eux, continuent à bien jouer leur rôle. Ils s’obstinent à ruminer sans relâche, pour augmenter la production de bouses. S’ils ne peuvent lire, ils se complaisent, intérieurement tout au moins, à ‘’rire’’ par raillerie de ces passants, qui n’ont guère de souci pour la conservation de leur passé, la consolidation de leur présent, et se préoccupent moins de leur devenir.

J’ai de réelles craintes, qu’à  force de courir derrière les choses matérielles, nous sommes devenus tout à fait indifférents et insensibles aux questions culturelles.

Comme l’avait exprimé, mieux que moi, mon compatriote l’écrivain Mbareck Beyrouck, nous vivons « notre faillite intellectuelle ». La richesse de l’occident, disait-il, n’est pas seulement dans ses usines et ses banques, mais surtout dans ses nombreuses imprimeries, ses innombrables librairies, et son grand réseau de bibliothèques.


1- Habitants de Nouakchott, capitale de la Mauritanie

2- Grand rond-point de Nouakchott

3- Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest

4- Al-Qaeda au Maghreb Islamique

5- Communauté Urbaine de Nouakchott (mairie centrale)

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