Ebola, la viande de brousse, et nos diabétiques

Vous avez dit Ebola ? C’est quoi, c’est qui, ce Monsieur Ebola comme avait préféré l’appeler, à défaut d’un prénom connu, l’inimitable et brillantissime chroniqueur de rfi, Mamane, dans une lettre qu’il lui a gentiment adressée, au nom et lieu d’un certain « citoyen gondwanais lambda »?

Les gondwanais ont leurs propres préoccupations, et leurs réalités spécifiques. Quant à nous, au Yaffoye, comme à l’accoutumée, chez nous, tout va bien. Très bien d’ailleurs, à en croire Monsieur Jelvoune, notre Ministre de la santé qui affirmait, dans un texte publié sur Cridem en date du 19 septembre 2014 : «  Le gouvernement a pris toutes les mesures nécessaires pour faire face à cette maladie et notamment pour la prévenir » et « les autorités sanitaires sont prêtes à faire face à tout cas qui se déclarerait sur le territoire national ».   

Ne pensez-vous pas, comme moi, chers lecteurs, que le « toutes.. » était de trop ? N’est-il pas synonyme de risque zéro, qui n’existe nulle part ailleurs dans le monde ? Moi, je suis républicain. Ne comprenez surtout pas ‘’UPRien’’. Je ne peux tout simplement pas ne pas croire en les affirmations d’un ministre de la République qui, très solennellement, me rassurait, et demandait aux médias de jouer pleinement leur rôle en éclairant « l’opinion nationale et internationale », disait-il. Au sujet de quoi ? De cet Ebola qui, selon les propos, particulièrement tranchés de Monsieur Jelvoune, n’existe pas chez nous, et n’a aucune chance de rentrer grâce aux mesures aussi complètes que géniales prises par le même Jelvoune.

Pour nous, ces ‘’bestioles’’ ne peuvent exister qu’ailleurs, et tous les malheurs, qu’ils soient épidémies, endémies, ou pandémies, n’arrivent qu’aux autres qui ne prennent pas, à temps, ‘’toutes’’ les mesures.

Vous ne me qualifierez pas de versatile, fort que je suis de mon esprit républicain évoqué plus tôt, si j’émettais un doute sur l’exhaustivité du «toutes » de Monsieur Jelvoune.

En effet, l’expérience vécue au débarcadère de Rosso par Monsieur Lo Gourmo, qui n’est pas un personnage à inventer des sornettes, incite à douter de la fiabilité des mesures prises, et du manque de professionnalisme – pour ne pas dire de sérieux – avec lesquels ce risque d’hécatombe est envisagé chez nous. Il relate, avec détails, le comportement du vrai/faux médecin aux deux thermomètres ergonomiques, le gendarme tripotant le clavier de son ordinateur, et les 1000 ouguiyas d’arnaque « par aisselle et par personne ».

Avec l’inefficience des mesures décrites par le Professeur Gourmo, la porosité avérée de frontières longues de plusieurs centaines de kilomètres, des relations sociales ouvertes et expansives, des habitudes alimentaires et Salamaleks d’un autre âge, j’ai franchement peur de nous et pour nous.

Le virus Ebola, particulièrement contagieux et meurtrier, ne semble pas avoir été pris très au sérieux (le danger), dans notre pays des merveilles. Nous n’étions pas les seuls dans ce cas, avec une communauté internationale qui n’avait pas pris des dispositions à la hauteur de la catastrophe. C’est après plusieurs milliers de victimes (près de 6000), des conséquences économiques incalculables et négativement durables dans les trois principaux pays touchés (Guinée, Libéria, Sierra Leone), qu’elle commence à faire semblant de bouger.

Seul Jean-Marie Lepen, et je m’en réjouis, devrait être déçu, car il avait misé, sur Ebola pour décimer la totalité de la population du sud en trois mois, et résoudre ainsi – à quelque chose malheur aurait été bon pour lui – la question de l’immigration. Si Lepen est déçu que les africains résistent et subsistent à ce défi, ces derniers le sont aussi, suite à l’indifférence du monde dit ‘’civilisé’’, qui s’est offert, avec un sadisme manifeste, et un cynisme morbide, le spectacle de populations africaines plongées dans un désarroi désobligeant.

Il est vrai que les nations unies (inutiles ?) viennent de se prononcer. Il est vrai aussi que l’UA palabre, mais loin des arbres ancestraux, dans de somptueux palais, pour se limiter à des discours bien élaborés, des intentions pompeuses, des stratégies trompeuses, et des attitudes éminemment honteuses.

La communauté internationale (étasunienne), commence, quant à elle, à envoyer 3000 de ses « valeureux » GI, pour s’attaquer au fléau. Une façon de nous dire,  ou à ceux qui parmi nous ne se résignent pas encore à le comprendre, que les USA n’ont pour les problèmes du monde, même de santé publique, que des solutions militaires. Ce fait, pour lequel certains de nos pays semblent battre tambours, flûtes et tamtams, ravive en moi de vives inquiétudes.

Les militaires américains ont-ils restauré l’espoir en Somalie, lorsqu’ils y avaient débarqué dans le cadre de leur lamentable ‘’Restore Hope’’? Ont-ils rendu l’espoir aux Haïtiens, victimes cycliques et chroniques des aléas climatiques et des caprices de l’oncle Sam ? N’ont-il pas semé au proche et moyen orient, une zizanie qu’ils n’arrivent (ou ne veulent) plus éteindre ? Je vous laisse, vous-mêmes, tirer de ces interrogations les attentes qu’on pourrait escompter de leur débarquement en Afrique de l’Ouest.

Je ne pense pas qu’elles dépasseraient les recherches pour explorer les voie idoines et moyens appropriés pour utiliser ce fameux Ebola comme arme pour mieux nous dompter, ou, au besoin, nous exterminer, dans le strict respect des droits de l’Homme (occidental s’entend).

Des recherches sur les origines du virus, auraient été réalisées. Je ne compte pas m’étaler là-dessus, l’article que M.F.Oumeir a consacré à ce sujet, étant suffisamment éloquent et largement édifiant.

Je vais me limiter à préciser, en particulier, que les occidentaux n‘avaient pas hésité à attribuer l’origine du virus VIH/SIDA, dès son apparition, à nos rapports parfois tumultueux avec notre cousin/ancêtre Darwinien, le singe.  Cette fois-ci, pour Ebola, ils ont réussi la pudique trouvaille de parler de « viande de brousse » comme source première de contamination. Décryptée, viande de brousse veut dire cousins, chauves-souris, renards, serpents, margouillats, lézards, etc, etc…

Notre Jelvoun national n’a pas du tout parlé de ce risque. Pourtant, il existe bien chez nous. Si nous ne consommons pas le cousin –par tribalisme peut-être – la faune, toutes espèces confondues, est en voie de disparition totale sous les feux de nos fusils, tous calibres confondus. La dernière espèce que nos vaillants braconniers s’emploient maintenant à éradiquer, est le chacal. Sa chasse prendrait des proportions inimaginables.

J’ai rencontré quelqu’un qui, tout en se défendant d’avoir consommé cette viande de brousse, reconnait volontiers avoir dépecé le gibier, rôtit sur un barbecue de fortune, le foie de la bête, avant de le découper soigneusement en morceaux juste à la taille convenant au mâchage de son éminent visiteur, et selon les exigences de celui-ci.

Selon mon informateur, l’intéressé, pour justifier son habitude alimentaire jusque-là atypique dans nos contrées, aurait invoqué une prescription médicale pour atténuer les effets de son hyperglycémie, pour ne pas dire son diabète.

Ce n’est pas la première fois que l’on me parle de cette nouvelle habitude. Il parait que c’est devenu le loisir favori, des nantis de la nouvelle Mauritanie. J’avais des réserves quant à la véracité de ces informations, avant qu’un article du site arabophone Essirage n’atténue mes doutes. Selon ce site, les environs de Nouakchott connaitraient des parties intensives et acharnées de chasse, dont l’unique gibier serait le chacal. Il serait question aussi, selon la même source, de transactions juteuses pour avoir droit à un morceau du succulent et appétissant produit.

J’ai déjà entendu « quand on veut tuer son chien, on l’accuse de rage ». Maintenant, pour déguster du chacal, il faut invoquer un diabète. Mais les questions qui se posent désormais sont de savoir si cette viande est de brousse ou non ? Et si ‘’toutes’’ les mesures du Jelvoun national les ont stérilisées ?

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  1. […] dira-t-on, tout simplement, que ‘’toutes les mesures’’ sont prises, comme ce fut le cas pour Ebola ? Ou bien me dira-t-on qu’il y a plutôt […]

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