Ghislaine et Claude sont morts en vainqueurs

JOURNALISTES DE RFI

     Ghislaine Dupont et Claude Verlon

A l’annonce, début novembre 2013, du rapt d’abord, et de l’assassinat, peu après, des deux journalistes de rfi, ma réaction, spontanée et indignée, fut la suivante :

Lorsque j’ai appris la nouvelle de l’enlèvement de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, il m’est revenu, je ne sais pour quelle raison, le livre « Mémoires d’otages » de Christian Chesnot et Georges Malbrunot où ils relataient les péripéties de leur rapt en Irak, et leurs conditions de survie durant leur captivité.

Ils auront, eux aussi, Ghislaine et Claude, à leur libération certaine, me disais-je, à écrire un bel ouvrage pour nous éclairer sur ce qui se passe dans ce mystérieux désert truffé de farfadets et de feu-follets. 

Je me disais aussi que les voyous du nord Mali, ont apparemment adopté une règle de quatre. Comme ils venaient de relâcher les quatre dits d’Arlite, il leur fallait deux nouveaux otages pour former un nouveau ‘’quartet’’.

Malheureusement, j’ai dû rapidement, abandonner mes rêveries, et me rendre à l’amère réalité : Ils sont morts. Froidement assassinés. Avec une diabolique préméditation. De deux et trois balles. Monsieur Fabius aura la louable délicatesse de ne pas nous préciser les lieux d’impacts. L’impact de l’évènement, quant à lui, était énorme. Nous l’avons ressenti. Comme le fut aussi la stupeur totale, et l’indignation générale à la suite de cette tragédie. 

Fidèle auditeur de Rfi, les disparus font partie de ma grande famille. Ils me tenaient compagnie, sans qu’ils s’en rendent compte, dans mon exil volontaire, ici au Niger, et partout où j’ai été. Ils étaient les compagnons sonores d’une vie. Et voilà que cette complicité positive, et à distance, se brise subitement.

Ils vont terriblement me manquer dans ma solitude, et leurs brillants reportages et remarquables enquêtes me feront, eux aussi, défaut. Ma consolation est dans ma certitude que l’idéal pour lequel ils ont été assassinés, sera coopté par tous leurs collègues, leurs amis, et leurs auditeurs.

Il est clair qu’à travers eux, c’est la liberté d’informer et le droit de l’être qui sont visés, en premier lieu. Ils étaient des témoins d’une impartialité avérée qu’on a voulu faire taire. Mais ils se trompent ces illuminés. La vérité est une lumière éternelle. Elle ne s’éteint pas et on ne peut pas la faire éteindre. 

Ces paisibles journalistes, dont le professionnalisme est de notoriété générale, étaient là pour comprendre les maliens, les aider à se comprendre entre eux, et diffuser leur message de paix, de fraternité et de solide réconciliation à travers les ondes d’une radio mondiale à travers l’univers. Ils n’avaient comme armes que leurs « Nagra », leurs dictaphones, leur savoir et leur valoir. 

Sur certains champs de bataille, des journalistes ont, parfois, été victimes d’erreurs et en sont devenus des victimes collatérales. Mais qu’on vienne au grand jour, devant le domicile d’une notabilité locale, kidnapper deux journalistes et les tuer à bout portant à 12 km de là, c’est un crime inqualifiable. Ses auteurs méritent qu’on réhabilitât pour eux, la célèbre guillotine.

Les auteurs de cette ignominie, voulaient peut être sanctionner la France pour l’opération Serval. La France ne s’est pas engagée militairement au Mali pour le loisir de le faire. Nul ne peut prétendre qu’on prend ce genre de décisions de gaieté de cœur. Mais elle l’a fait, avec les pays de la CEDEAO, par devoir de protéger des valeurs, en volant au secours d’un pays ami : Le Mali. Dans ce sens, la guerre au Mali peut être qualifiée de « mal nécessaire »

Sans cette guerre, toute la sous-région serait aujourd’hui, totalement ‘’ cadavrée’’, comme le chantait l’artiste Zao dans ‘’ancien combattant’’. Cette guerre n’est pas la guerre de la seule France. C’est la guerre de tous ceux qui, de loin ou de près, sont attachés à la souveraineté des États, à la liberté des peuples, aux valeurs universelles de dignité humaine et de pluralité culturelle.

J’émets ici le vœu, que tous les Imams dans leurs prêches du vendredi 08 novembre 2013, condamneront cet assassinat et le déclareront contraire aux préceptes de l’Islam. Pourtant, je sais pertinemment que la plupart ne le feront pas.

Je l’affirme ainsi à partir du fait que durant les opérations de Serval, j’ai trouvé particulièrement surprenant, même écœurant, que certaines personnalités, éminents politiciens et grands théologiens, parlent de croisades et incitent une jeunesse désœuvrée et sans repères, à se livrer à un soit disant Jihad.

L’Islam n’a rien à voir avec ceux qui, aujourd’hui, au Mali, bafouent ses valeurs et en ternissent l’image. Il n y a guère d’islam extrémiste, Djihadiste ou radical. On doit appeler un chat par son nom. Il n y a qu’un seul Islam. Le reste s’appelle? tout simplement, on doit le dire haut et fort, terreur, escroquerie et banditisme. 

C’est un système de chantage, de rançonnement, de trafic d’armes et de drogue, encouragé, soutenu, et entretenu à grands frais, par des milieux richissimes qui n’ont pas le courage de se dévoiler. Ce sont eux qui, après leurs échecs cinglants dans d’autres endroits du monde, entretiennent un ramassis de voyous et un conglomérat de mafieux qui, faute de pouvoir réussir dans la vie, s’emploient à distribuer les assassinats, les tueries et les carnages.

Ils n’ont trouvé pour masquer leur faillite qu’un refuge idiot dans ce qu’ils croient être un retour à l’orthodoxie. Ils se trompent largement. Le mouvement de l’histoire ne peut être inversé. Ceux qui veulent nous ramener à une vie moyenâgeuse, au lieu de capitaliser les acquis de notre passé pour consolider notre présent et mieux asseoir notre avenir, se trompent de combat.

Le combat est aujourd’hui entre la lumière et les ténèbres, la vérité et le mensonge, la liberté et le totalitarisme aveugle. Par la nature des choses, la lumière vaincra, et les obscurantistes se retrouveront à leur place naturelle : la poubelle de l’histoire.

Que les familles des défunts trouvent ici l’expression sincère de mes condoléances attristées. Je compte Rfi parmi leurs familles, ainsi que toute la presse, et tous les épris de liberté et droit à l’expression et du devoir d’informer. Que les âmes de Ghislaine et Claude reposent en paix : leur combat sera poursuivi, et leurs assassins seront pourchassés, arrêtés et punis à la mesure de la monstruosité de leur acte.

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