Mercedes au pays des merveilles

Mercedes

Mission de revue Mauritanie

Mercedes au pays des merveilles. C’est ainsi qu’on peut qualifier les visites – devenues régulières dans leur périodicité et identiques dans leurs résultats – de cette vaillante experte du FMI (Fonds monétaire international). Son respectable (et somptueux) prénom, rappelle bien dans quelle dichotomie et paradoxe nous vivons. Les rutilantes grosses cylindrées côtoient nos honorables et audacieux charretiers.

Mais cela, elle n’en parle pas, notre illustre Mercedes. Ça ne fait pas partie des termes de référence de sa mission. En effet, elle s’intéresse uniquement au macro-économique. C’est plus simple, le macro-économique. Ensuite, elle a raison, Mrs Mercedes. Sans l’ombre d’un doute, l’économie des macros a connu une croissance vertigineuse, et les macros de l’économie ont proliféré et prospéré.

Mais moi, naïf et peu cultivé, non économiste, et même pas économe, je n’ai pas voulu trop réfléchir. Parfois, il vaut mieux ne pas comprendre. Surtout que chez nous, la réflexion est l’apanage des miroirs.

Mais, notre fierté nous procure encore le courage – j’ai failli dire le culot – de nous regarder dans une glace.

Je n’ai pas compris pourquoi on nous martèle, chaque année, que les grands équilibres sont atteints. Comment ça ? On nous dit ça depuis plus de vingt ans. On ne nous a jamais dit qu’il y avait un déséquilibre quelconque, au pays des merveilles, pour qu’on ait à le redresser de nouveau. Un cercle vicieux, ou un refrain monotone ?

A l’occasion de ce genre de revues, on ne parle jamais du micro-économique. Pourtant l’économie des micros semble connaitre des avancées significatives, et les micros de l’économie paraissent très sensibles pour enregistrer n’importe quoi, même les détails. Tout va bien chez nous, très bien d’ailleurs. Les taux d’exécution de nos programmes dépassent tout entendement.

J’ai entendu des taux de 130 % pour des campagnes de vaccination. Le Programme du guide éclaireur, serait réalisé à 80% en trois ans. Pour être justes, nous devons lui accorder une prolongation. Comme au Football. Nous pouvons la faire à la Gbagbo, par le conseil de sécurité, mais dans notre cas, à vie.

Ici, nous avons trouvé une solution pour traiter tout ce qui va mal. Cette expression étant forte pour le pays des merveilles, disons de façon mieux élevée, tout ce qui marche moins bien que le reste. Nous l’inscrivons systématiquement au compte pertes et profits, que nous avons baptisé, inventifs et imaginatifs que nous sommes, les « tarakoumat » (accumulations). C’est-à-dire les méfaits et désastres de ceux qui étaient là avant nous.

Nous, les sauveurs constructifs, nous sommes descendus récemment de la Planète Mars. Nous sommes clean. Nous sommes parfaits, infaillibles, impeccables, et tout naturellement merveilleux. Aussi, nous avons solution pour tout. Pour appeler un chat par ce qu’il est, disons que « toutes les mesures sont prises, et tous les voyants du tableau de bord du pays, sont au vert ». Nous sommes, et c’est un secret de polichinelle auquel nous préférons habituellement ceux d’alcôves, tout simplement daltoniens.

En plus, nous avons la chance inouïe d’avoir le peuple le plus adorable, mais non adoré, de la sous-région. Il se vante comme un Paon d’être mieux que ses voisins. C’est-à-dire, le meilleur des médiocres. Il vaut mieux être le dernier des meilleurs. Un peuple, disons-le, de soutien indéfectible à tout ce que fait sa Direction nationale. Pourtant, il fait défection spontanément pour soutenir tout nouvel avènement de direction. Les peuples civilisés, quant à eux, ont des institutions qui les dirigent.

Nous avons un peuple de héros, comme l’avait dit le communiqué n°1 un certain 10 juillet 1978. Depuis lors, il y a une Direction nationale qui décide, donne des instructions, et un peuple qui, même si on appliquait la charia à la MUJAO, et qu’on amputait les quatre membres pour l’empêcher d’exercer son droit universel, inaliénable et imprescriptible d’applaudir, il se rabattra, tous genres confondus, sur les youyous.

Mercedes n’a pas noté – on le lui a peut-être caché – que nos illustres charretiers, comme nous d’ailleurs, mettaient la charrue avant l’âne. Nos villes et routes nationales sont devenues des dépotoirs. Nous avons réussi à maîtriser le jeu des urnes avant de trouver une solution civilisée pour nous débarrasser des urines. Nous avons généralisé les isoloirs, avant d’avoir, dans notre capitale, le minimum d’urinoirs.

Au marché central (capitale) de Nouakchott, l’interdiction récente, et tout simplement de forme, du zazou, a accentué les problèmes d’insalubrités que connaissait cette zone névralgique, et hautement symbolique de notre « jeune capitale ». Elle a la chance, quant à elle, notre capitale, à l’image du pays d’ailleurs, de se voir perpétuer une jeunesse, alors qu’elle est en passe d’être sexagénaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.