La guerre ce n’est pas bon

Il y a presque deux ans, la France déclenchait l’opération Serval au nord du Mali. L’objectif était de stopper la progression vers la capitale Bamako, de groupes armés qui voulaient étendre leur autorité sur l’ensemble du territoire malien.

Les groupes en question avaient profité de l’affaiblissement du pouvoir central, suite au renversement du régime de Amadou Toumany Touré (ATT), par une junte militaire, conduite par le bouillant capitaine Sanogho, « parachuté » Général, peu de temps après.

On se souvient que suite à ce malheureux coup d’état, et la cacophonie qui s’en était suivie, il y eu d’abord la débâcle de l’armée malienne devant des combattants touaregs surarmés et à visées séparatistes clairement affichées. Ils iront jusqu’à proclamer ce qu’ils ont dénommé « la République de l’Azawad » qui, en définitive, ne sera reconnue par aucun Etat au monde. 

Ce projet de République Azawadienne ne fera d’ailleurs pas long feu. Ses instigateurs vont être rapidement délogés du territoire, sous les coups de boutoirs de mouvements islamistes (AQMI, MUJAO, ANSARDINE…). Ces derniers ayant largement profité de la zizanie semée en Lybie par l’OTAN et ses acolytes arabes, pour s’équiper en armes, munitions, et autres moyens logistiques.

Devenus maitres d’un territoire, découpé à leur guise, ils vont faire vivre les populations locales le calvaire d’un enfer indescriptible. Les tortures, les flagellations, les décapitations, les mariages forcés et groupés (viols), les profanations de mausolées, les destructions de manuscrits et monuments historiques classés « patrimoine universel », etc, etc… Le cinéaste mauritano-malien Abderrahmane Sissako essayera, dans son film « Timbuktu », d’en immortaliser un témoignage. Mais un témoignage, même sincère et quasi-spontané comme celui-ci, reste toujours en deçà de la cruauté du vécu.

Le vécu était réellement cruel. Le malheur aurait été qu’il n’ait pas de limites. Et ces obscurantistes ne savaient pas mettre des barrières à leurs visées diaboliques. Devant l’attentisme démesuré, et l’inaction déprimante pendant près d’une année, au cours de laquelle la scission du pays est devenue un fait accompli, et ses aimables populations abandonnées à leur triste sort, les djihadistes ont jugé opportun de marcher sur le sud, et étendre leur influence sur l’ensemble du territoire malien. Ils projetaient d’y établir une base pour l’expansion et le rayonnement de leur projet de Khalifat islamique. Ils ne savaient, peut-être pas, qu’ils venaient de décider de franchir une ligne rouge.

Il  va de soi que la décision de faire la guerre est toujours difficile à prendre. Si on peut choisir le moment où on déclenche les hostilités, on ne sait jamais quand est ce qu’on va cesser le feu. Dans ce cas, il faut le reconnaître, il n’ y avait pas eu la possibilité de choisir quoi que ce soit. L’adversaire avait imposé son calendrier.

Mais, fort heureusement, la riposte a été à la hauteur du défi,  rapide,  et foudroyante. Nul ne peut prétendre qu’on prend ce genre de décisions de gaieté de cœur. Mais il y avait le devoir de défendre des principes, de protéger des valeurs, et préserver des intérêts. Il fallait aussi, il faut le dire, voler au secours d’un pays ami qui l’avait sollicité: Le Mali. Cette guerre peut être qualifiée de mal nécessaire. 

Sans cette guerre, tout les pays de la région seraient menacés aujourd’hui, voire occupés.  Cette guerre n’était pas la guerre de la seule France.

C’est la guerre de tous ceux qui, de loin ou de près, sont attachés à la souveraineté des États, à la liberté des peuples, aux valeurs universelles de dignité humaine et de pluralité culturelle. Il est particulièrement surprenant que certaines personnalités, éminents politiciens et grands théologiens, parlent de croisades et incitent une jeunesse désœuvrée et sans repères, à se livrer à un soi-disant Djihad qui n’a rien à avoir avec l’islam.

L’islam n’a rien à voir avec ceux qui, aujourd’hui, au Mali voisin, bafouent les valeurs de notre religion et en ternissent l’image. Il n y a guère d’islam extrémiste, Djihadiste ou radical. On doit appeler un chat par son nom. Il n y a qu’un seul islam, le reste s’appelle tout simplement, on doit le dire haut et fort, terreur, escroquerie et banditisme. 

C’est un système de chantage, de rançonnement, de trafic d’armes et de drogue, encouragé, soutenu, et entretenu à grands frais, par le Wahabisme du richissime micro-état du Qatar, en connivence avec le régime gérontocratique des princes Al Saoude. Ce sont eux qui, après leurs échecs cinglants dans d’autres endroits du monde, entretiennent un ramassis de voyous et un conglomérat de mafieux qui, faute de pouvoir réussir dans la vie, s’emploient à distribuer les tueries et les carnages. 

Ils n’ont trouvé pour masquer leur faillite qu’un refuge idiot dans ce qu’ils croient être un retour à l’orthodoxie. Ils se trompent largement. Le mouvement de l’histoire ne peut être inversé. Ceux qui veulent nous ramener à une vie moyenâgeuse, au lieu de capitaliser les acquis de notre passé pour consolider notre présent et mieux asseoir notre avenir, se trompent de combat. Le combat est aujourd’hui entre la lumière et les ténèbres, la vérité et le mensonge, la liberté et le totalitarisme aveugle. Par la nature des choses, la lumière vaincra, et les obscurantistes se retrouveront à leur place naturelle : la poubelle de l’histoire.

Si le comportement des politiciens et érudits est surprenant, l’attitude de ce qu’on appelle communément la communauté internationale est tout à fait incompréhensible. Comment peut-on se limiter à des déclarations diplomatiques savamment dosés. Quand on se lance dans un champ de bataille aussi onéreux et dangereux que celui que la France a eu l’audace de pénétrer dès les premiers appels d’un État ami, on a besoin d’être épaulé, accompagné, soutenu et appuyé. On assiste à une indolence, un attentisme, et une démission qui frisent l’irresponsabilité. L’histoire jugera l’action de chacun. 

– Aurions- nous dû attendre que 90% des maliens soient amputés ou décapités ? 
– Aurions-nous dû laisser la terre de l’empire du Ghana devenir le mouroir des flagellés, la réserve des handicapés, l’asile de femmes humiliées et déshonorées, le berceau des enfants issus de viols?

Non et mille fois non, s’il nous reste encore un brin de dignité, d’humanité ou d’honneur.

La position de certains pays dits du champ, me semble, pour le moins, indéchiffrable. Ils avaient commencé par privilégier la négociation. Avec qui négocier ? On ne négocie pas avec des fanatiques qui se disent investis d’une mission divine. Par dévotion, ils ne peuvent rien concéder. Leur décision ne leur appartient pas. Maintenant, ils sont divergents, quant à l’attitude à adopter à l’égard de ce qui se passe en Lybie, et ses implications sur la bande Sahélo-saharienne.

Par ailleurs, la non implication de ces pays ne les mettra pas à l’abri des sottises de ces malfrats et farfadets qu’ils semblent vouloir ménager. Si ces pays n’entrent pas en guerre contre le mal, le péril terroriste rentrera inéluctablement chez eux. L’exemple des événements d’Algérie (Ain Amenas), est à ce titre éloquent.

En outre, et c’est un fait très grave, je crains que cette guerre ne soit perçue comme une déchirure, profonde et durable, entre populations négro-africaines et afro-berbères. On voit déjà les prémices de tels clivages. Nos populations avaient d’autres priorités, et leur intérêt est dans l’unité, l’union et l’intégration.

Dans cet ordre d’idées, je ne peux que saluer l’article publié par Cridem sous le titre ‘’Soudain, j’ai peur de (pour) mon pays’’. Il n’est pas signé, mais ses idées étaient la meilleure signature. C’est un cri du cœur d’un patriote soucieux de l’avenir de son pays et le sort de ses concitoyens. C’est de ce genre d’idées que nous avons besoin. De grâce, épargnez nous la vulgarisation des idées sectaires et racistes que certains veulent distiller. Quelque soit l’attitude de la communauté internationale, et la position des pays du champ, quatre vérités me semblent incontournables pour un observateur franc et réaliste:

  •   La France est particulièrement honorée par cette décision de répondre avec promptitude à l’appel d’un État ami. La création plus tard de la MISMA, sa transformation symbolique en MINUSMA n’ont pas égratigné son mérite.
  • Le Mali sait maintenant qu’il peut compter sur ses amis, mais aussi compter ceux qui, parmi les dirigeants du monde, ont perdu le nord comme lui
  • Les grands opérations comme disait Georges W.Bush au sujet de l’Irak, sont maintenant achevées. Suite à cela, les forces obscurantistes ont été considérablement affaiblies. Elles conservent, néanmoins, une forte capacité de nuisance qu’il ne faut pas négliger.
  • On doit impérativement construire la paix. Mais, elle ne peut se bâtir que par la réconciliation sur des bases justes et durables entre les maliens de toutes souches, et un développement harmonieux et équitable de leur pays dans l’inviolabilité de son intégrité territoriale. Ainsi, le séparatisme et le terrorisme perdront leur couveuse. 

 Zao avait raison de chanter « la guerre ce n’est pas bon. Tout le monde cadavré »

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