Ne ratons pas le train

dialogue politique

train de la snim

Toute la classe politique mauritanienne doit prendre conscience de sa responsabilité historique quant au devenir du pays. Qu’elle soit dans la mouvance présidentielle, ou au sein de l’une des sensibilités de l’opposition, il n’est que grand temps pour que toute composante de cette élite montre qu’elle a, réellement, de la classe.

Elle ne pourra le prouver qu’en prenant conscience, avec un sens élevé du devoir, et un esprit aigu de sain et sincère patriotisme, des dangers multiformes qui menacent la Mauritanie.

Le moment est grave. Il mérite qu’on mette de côté les sensibilités partisanes et les ambitions personnelles. L’intérêt national le requiert, et le devoir l’impose.

Du côté de la majorité, on n’a aucune raison d’avoir un quelconque complexe à continuer à tendre la main à tous. C’est celui qui a la charge d’exercer le pouvoir, qui a les meilleures conditions pour orienter le cours des événements. Faire des concessions, dans l’intérêt général, ne diminue en rien.

Au contraire, c’est particulièrement valorisant, surtout lorsqu’on a un rapport de forces largement favorable. En effet, on est loin du climat où le pouvoir avait besoin de prouver, asseoir, et faire reconnaitre sa légitimité.

Après deux scrutins présidentiels remportés haut la main au premier tour, renforcé concomitamment par une majorité parlementaire confortable, et consolidé ensuite par une année à la tête de l’UA (union africaine), le pouvoir ne peut plus avoir la moindre gêne à ce sujet.

Il faut reconnaitre, dans ce cadre, que depuis l’incident dont il avait été victime en Octobre 2013, le Président Ould Abdel Aziz avait semblé temporiser avec ses adversaires. Ses discours tonitruants, marqués par des invectives et insultes, sans mettre le moindre gant, à l’endroit de ceux qu’il appelait « les vieillards qui se tiennent les mains, non pas par solidarité, mais par peur de trébucher », avaient laissé la place à un style plus serein et nettement moins vindicatif. Il était même devenu peu prolixe, pour ne pas dire taciturne, à l’occasion de ses fréquentes sorties.

Dans le même esprit d’ouverture, il est indéniable que le Président de la République, à maintes reprises, dont la dernière était en janvier 2015 à Chinguitty, à l’occasion du festival annuel des villes anciennes, a exprimé et réitéré sa disponibilité constante au dialogue. Mieux encore, cette fois-ci, la disponibilité permanente affichée, a été suivie d’actes concrets.

Tout d’abord, le directoire de l’institution de l’opposition démocratique a été reçu, respectivement, par le Président et son Premier ministre. C’est une première, depuis l’avènement de l’actuel pouvoir. Je n’aime pas, en politique, le terme  »régime » qui, à mon sens, évoque les périodes d’exception. En outre, et en plus du dégel ainsi amorcé entre le chef de l’exécutif, et le chef – institutionnellement au moins – de l’opposition démocratique, un projet de feuille de route pour un dialogue avec les oppositions, a été remis par le premier ministre à celles-ci. En même temps, le chef de l’exécutif aurait assuré qu’il n’avait pas de ligne rouge, l’intérêt du pays venant, selon les propos qui lui avaient été prêtés, avant toutes autres considérations. Il aurait exprimé cette position lors de la rencontre qu’il a eu, au palais présidentiel, avec les parlementaires censés soutenir son programme. Ces derniers, dit-on, étaient inquiets quant au bien fondé ou non, des rumeurs faisant état de probables élections anticipées.

Du côté des oppositions, on ne semble pas faire une analyse objective ou réaliste de la situation. Composées de tant de personnalités chevronnées, et politiquement averties, ces sensibilités semblent pas faire la politique en se basant sur les fondamentaux : le pragmatisme et la flexibilité.

Le pragmatisme requiert de notre chère opposition de tirer les leçons de l’expérience de sa « lutte » ces dernières années. Unie et solidaire, elle a réussi, pour la première fois dans l’histoire de la Mauritanie, à se dresser contre un coup d’Etat, et contraindre ses auteurs à négocier une sortie de crise avec les civils.

Les négociations avaient abouti aux accords dits de Dakar. Il n’est pas utile de revenir ici sur le processus qui s’en est suivi. L’essentiel est que sa mise en œuvre effective a été consensuelle. Les résultats avaient consacré, outre l’élection éclatante de Mohamed Ould Abdel Aziz, la fragmentation de l’opposition. Certaines franges avaient reconnu, de manière évolutive et graduelle, les résultats du scrutin. D’autres les avaient contestés. Depuis lors, notre opposition souffre de ce qu’on peut appeler « le syndrome de Dakar ». Elle avait adopté, sans en avoir les moyens ou les soutiens, la calamiteuse stratégie du « Rahil » dégage ! Notre printemps mauritanien, a ainsi vu ses fleurs s’étioler au stade de bourgeons. Le piteux résultat a été un émiettement de l’opposition, et la lassitude de ses sympathisants.

Ils étaient las d’une opposition dont le discours n’était pas convaincant à l’intérieur, et incompréhensible à l’extérieur du pays. Il s’en est suivi un départ, en ordre dispersé, vers un dialogue avec le pouvoir, à traves ce qu’on avait appelé « la majorité présidentielle consolidée ».

Les résultats de ce dialogue n’ont pas fait l’unanimité, et la frange de l’opposition (dialoguiste) qui l’avait conclu avec le pouvoir, tout en reconnaissant qu’il avait apporté des améliorations significatives au système électif, se plaint du fait que les arrangements conclus n’ont pas été tous  respectés.

Une seconde amorce de dialogue avait eu lieu à la veille des élections municipales et législatives de 2013. Personnellement, j’avais prédit son échec. Le seul fait de désigner l’ancien premier ministre de SIDIOCA, comme principal négociateur de l’opposition, était suffisant pour que le dialogue meure avant même de s’amorcer. C’était le  »syndrome de Dakar », ou plutôt son démon, qui avait fait avorter une tentative de rapprochement dont le pays avait besoin.

Plus que jamais, le pays a besoin maintenant d’une entente nationale, à même de mutualiser les efforts de tous pour le bien être d’un peuple qui, quoi que l’on dise, a, quand même, des soucis.

C’est la responsabilité de tous. Au pouvoir, comme dans l’autre camp. Comme le dit si bien mon frère et ami Mohamed Fall Oumeir, « si l’intérêt général prime, il n’y a pas de divergences possibles ».

Le pouvoir doit comprendre que l’opposition responsable, contributive, et constructive n’est pas un péché. Elle n’est pas, non plus, la peste personnifiée. Au contraire, elle est un pilier indispensable à l’édification d’une démocratie véritable et viable.

L’opposition doit, réalisme oblige, ouvrir grands les yeux. Elle verra qu’il y a un pouvoir qui occupe le terrain, se valorise par des réalisations, tire les ficelles, et domine la scène nationale. Ce n’est pas avec les préalables-obstacles, les conditions irréalisables, qu’on va faire assainir la situation politique.

Dans ce pays, la Mauritanie, il y a près de 4 millions d’honorables citoyens. Noirs, blancs, et basanés. Leur pays est immensément riche. Dans leur séculaire dignité, ils sont sobres et fiers. Ils ont le droit de vivre dans la quiétude, la sérénité, et la prospérité. Ce pays n’appartient ni à la majorité, ni à l’opposition. Il est à nous tous. Nous n’avons d’autres choix que d’y cohabiter, respectueusement, et respectablement.

Il est donc de la responsabilité historique de nos élites, de trouver les moyens de transcender leurs agendas respectifs, et intérêts personnels égoïstes, pour nous permettre de bâtir notre pays. Ce sont eux qui doivent se mettre à notre service, au lieu de nous vouloir nous domestiquer, et nous maintenir otages de leurs querelles qui, parfois, prennent, un caractère de challenges personnels.

Le meilleur service qu’ils peuvent rendre à ce pays, et qui le leur reconnaitra pour l’éternité et la postérité, c’est d’y instaurer un climat politique apaisé. De faire en sorte, qu’on ne vive plus de coup d’état, ou de coup bas. Que notre pays devienne un véritable Etat de droit, et non plus une succession d’irrationnels états d’âmes. Qu’au-delà de 2019, l’alternance demeure pacifique, consensuelle et inclusive.

Je m’adresse au Président de la république qui, selon certaines sources, animerait une conférence de presse le jeudi 26 avril 2015. De grâce, maintenez la porte ouverte. Gardez la main tendue à vos frères, sœurs, concitoyens, et concitoyennes.

Je supplie les opposants de saisir l’occasion. D’entendre les gémissements des pauvres, des malades, des sans emplois, des sans domiciles, des sans tribus, de ceux qui souffrent des séquelles et des affres des tributs. Ils peuvent mieux les servir, par la concertation, la coordination, la participation, l’acceptation de l’autre.

En termes crus, je dis à tous, ne ratons pas le train de l’histoire. Il n’a jamais attendu personne.

(4 commentaires)

Passer au formulaire de commentaire

    • jemila on 26 mars 2015 at 13 h 11 min
    • Répondre

    Bonjour, pensez-vous sincèrement que la balle est dans le camp de l’opposition, et que l’appel au dialogue du pouvoir est dénué de toute arrière pensée et a pour seul objectif l’intérêt général? Pensez-vous sincèrement qu’une fois le dialogue commencé, qu’il puisse se terminer sur une bonne note pour ce pays? pensez-vous sincèrement que notre pays n’a pas déjà raté le train de l’histoire?

    PS: Je vous remercie infiniment de partager vos idées, la lecture de vos articles est un plaisir immense.

    1. Merci Jemila pour la visite au « Bouillon… ». J’avoue qu’elle me fait honneur. L’appréciation portée sur ce que je « baragouine » par écrit, me revigore. Quant aux autres aspects, je veux préciser ceci : (i) nous avons raté plusieurs stations (ou correspondances), mais nous pouvons encore rattraper le train. Comme avait dit l’autre de son pays, « nous avons perdu des batailles, mais nous devons tout faire pour ne pas perdre la guerre ». Notre guerre est un combat contre nous-mêmes :nos mentalités, nos particularismes, nos égos surévalués, notre hypocrisie, nos illusions d’auto-suffisance, et d’auto-satisfaction, etc..; (ii) quelque soit l’objectif du pouvoir à travers ses appels au dialogue, il ne faut lui offrir le monopole de « l’ouverture » et de la « modération ». Dialoguer ne veut pas dire s’agenouiller. C’est discuter, faire des concessions, accepter des compromis, pour réaliser des acquis; (iii) notre pays est d’une inquiétante fragilité, malgré que nos gouvernants veulent en donner l’image d’une puissance; notre peuple, lui aussi, vit dans une navrante précarité. Nous avons le devoir d’explorer toutes les voies pour améliorer ses conditions. Comme on dit, à défaut de mieux, on fait ce qu’on peut. Merci encore !

  1. J’aime votre style d’écriture, continuez ainsi

    1. Merci bien. C’est promis, avec plaisir.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.