L’UE doit inspirer l’UA

L’idée de Robert Schuman de constituer la communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), était particulièrement lumineuse, géniale et prémonitoire.

Proposée dans un discours prononcé le 09 mai 1950, date qui allait devenir la journée de l’Europe, elle a constitué l’embryon de ce qui est devenu aujourd’hui l’union européenne (UE), après être passé par le marché commun et la communauté économique européenne (CEE).

Par étapes mesurées, des stratégies qui allient le réalisme à l’ambition, l’Europe a su réussir sa mutation d’un continent ravagé par les affres de guerres interminables, destructrices et meurtrières, vers un havre de paix et un îlot de liberté et de relative prospérité.

Des démocraties qui ont fait leur preuve ont supplanté des dictatures abjectes et impitoyables. Le rideau de fer s’est effondré, marquant la faillite et la fin du système gérontocratique et totalitaire du communisme, et permettant ainsi d’élargir l’espace des valeurs démocratiques.

Le Nobel de la paix 2012 décerné à l’UE était, à ce titre, une consécration justifiable. Pour s’en rendre compte, il suffit tout simplement de comprendre qu’on a réussi à transformer le charbon et l’acier, de produits qui alimentaient la détestable machine de guerre, en outils efficaces pour bâtir un socle de paix et baliser le chemin du développement.

En dépit des contingences conjoncturelles, la réussite du modèle européen mérite d’être méditée, appréciée et capitalisée sans mimétisme béat. Le mérite de ce succès revient à tous les européens, qu’ils soient décideurs, chercheurs, concepteurs dans l’ombre, ou simples citoyens dont le dur labeur, et le génie bâtisseur, ont contribué de façon significative à la réalisation de cette œuvre magnifique.

L’Europe a certes gagné une grande bataille, mais la guerre est loin d’être terminée. Le monde est indivisible et devient peu à peu, un village planétaire. L’universalisation des valeurs de liberté, de démocratie et de tolérance, demeure un devoir de tous. Elle nécessite, à la fois, un effort soutenu, une solidarité agissante, mais aussi un long souffle.

En plus, Il est de la responsabilité de tout un chacun, de comprendre que la coexistence nécessite le respect des spécificités culturelles et confessionnelles, et que la compréhension n’est pas systématiquement synonyme de soumission ou d’assimilation. La mondialisation requiert, sans doute, une meilleure communication civilisationnelle, pour éviter les amalgames et les stigmatisations. La générosité et l’ingéniosité sont capables de vaincre les extrémismes, le totalitarisme et le sous-développement. Les efforts dans ce sens doivent être poursuivis et les acquis consolidés. La tolérance n’est incompatible ni avec le besoin d’existence ni avec le droit à la différence.

Il est souvent mis en exergue que le mur « de la honte » n’est plus là pour faire blêmir. C’est une réalité à la fois indéniable et louable. Mais il reste à détruire le rideau de misère, d’exclusion et d’injustice. Celui-ci constitue une entrave à l’insertion et l’ancrage dans la « communauté mondiale » de milliards d’individus. Aussi, le droit inaliénable à la dignité doit être reconnu et respecté pour tout humain, sans distinction de genre, de race, de croyance ou d’obédience.

Nous devons, ensemble, œuvrer pour un monde qui combat les tares, accepte les différences, mais refuse les inégalités. Nous devons, la main dans la main, nous départir de nos préjugés et arrière-pensées, et mutualiser, pour le bien, nos expériences et pensées. Nous avons le devoir de bâtir un monde où nous pouvons continuer à être différents, sans, pour autant, avoir des différends.

Pouvons-nous, en Afrique, nous inspirer de ce modèle pour construire une véritable Union, réellement africaine ? Saurons-nous, au Maghreb, comprendre que notre avenir n’est pas dans notre arabité, mais dans notre complémentarité dans la diversité ? Le nationalisme a montré ses limites, de Nasser à Assad. Même le très controversé, feu Mouammar Kadhafi, s’en était finalement démarqué pour s’investir, jusqu’à la fin tragique de ses jours, dans le panafricanisme. Nous l’avons trahi, comme ce fut notre cas avec les ambitions qu’avait pour nous, avant lui, l’immortelle génération de Kwame Nkrumah.

Pour ne pas être totalement injuste avec nos dirigeants et nos élites, nous devons avouer que nombre de jalons ont été placés sur la voie de l’intégration africaine. La création à l’aube des indépendances de l’organisation de l’unité africaine (OUA), restructurée ensuite dans le but d’une meilleure efficience et une plus grande efficacité sous le nom de l’union africaine (UA), l’existence plus récente, mais non moins importante, de plusieurs organisations sous régionales (CEDEAO, UMA, UEMOA, CEMAC, NEPAD, CILSS, G5, etc…), sont des preuves tangibles, aussi bien de la nécessité d’une intégration continentale véritable, que de notre capacité à y parvenir. C’est, en tout cas, le désir et l’intérêt de nos populations. Il revient à nos dirigeants et aux élites qui les entourent de comprendre l’enjeu existentiel d’une concrétisation rapide et maitrisée de l’intégration continentale, dans un monde qui, de plus en plus, laisse très peu d’opportunités aux faibles.

L’écrivain et homme politique français Alain Peyrefitte avait dit : « quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera ». Je me permets de le parodier en affirmant que si l’Afrique réussissait son intégration, le Monde changera.

Je ne veux pas être totalement pessimiste, mais je crains fort que nous ne continuions, et pour longtemps encore, à chanter faux dans la symphonie de ce qu’on appelle communément, aujourd’hui, le concert des nations.

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