Mai 17

Sauveurs aujourd’hui, tombeurs demain

J’ai toujours voulu ressembler à Sneiba Mohamed, alias Sneiba Elkory, (re) alias Abou Malika. J’ai beau essayer d’avoir sa verve, me hisser au niveau de sa volubilité, réfléchir aussi bien ou écrire aussi beau que lui. Rien à faire. Il est inimitable. J’ai dû me contenter d’un commentaire sur son blog, par lequel j’émettais le souhait que mon fils puisse un jour y arriver. En même temps, j’avouais que pour moi c’était déjà raté.

J’aurai dû arrêter de vous ennuyer avec les niaiseries que je consigne, pêle-mêle, dans des torchons-navets que je fais publier de temps à autre, sur un blog complètement inutile, et par le biais de sites bien gentils et trop polis pour accepter de publier de telles cochonneries.

D’ailleurs, si j’avais suivi les conseils de mes plus proches amis, j’aurai décroché depuis belle lurette. Leur préoccupation majeure est d’arriver, en me bâillonnant ainsi, à me trouver du travail là-haut, disent-ils, et m’éviter ainsi de passer du statut, peu enviable, de chômeur endurci, au triste sort de retraité sans pension aucune.

Si j’apprécie leur sens de la solidarité avec moi, je ne vois pas quel lien peut avoir mon droit à l’emploi, avec mes opinions. Surtout que celles-ci, et je ne m’en suis jamais caché, sont éminemment apolitiques.  En plus, j’ai toujours clamé, à ceux qui veulent me croire, que je n’écris pas pour être lu, mais plutôt pour me libérer de ce que je pense. Je me suis toujours considéré Jobérien, avec son célèbre positionnement « ailleurs », repris régulièrement par Ould Beyrouck, qui lui a ajouté tout dernièrement un remarquable « résolument.. ».

Je reviens, sans trop tarder, à mes moutons. C’est d’autant plus impératif que nous vivons la période de soudure d’une année de grand déficit pluviométrique. Remarquez, s’il vous plait, que je deviens discipliné. Je n’ai pas parlé de ‘’Sécheresse’’, parce que le Président a dit dans sa récente conférence de presse que « …c’était une invention de certains mal intentionnés Nouakchottois ». En revenant tôt à mes ‘’gras’’ moutons, je réitère ma détermination à continuer à adopter une ligne médiane à la Michel Jobert, tout en voulant ressembler à mon ami Sneiba, ne serait-ce qu’autour d’un thé.

Mais avec la détermination, le rêve peut se transformer en réalité. En effet, je viens de trouver deux ressemblances entre mon idole et moi. Je suis exactement comme Abou Malika, quand il s’adresse à ‘son double’’. Moi aussi j’ai le mien qui fait tout pour que je sois ce que je ne suis pas. En outre, je suis entièrement Sneiba quand j’apprécie et partage sur ma page Facebook son pamphlet « Mandats : un, deux, trois, j’y suis, j’y reste ». Je l’ai fait sur Facebook pour que ça reste entre nous. La toile n’est pas Polichinelle, quand même ? Mes amis ne doivent pas le savoir. Surtout ceux qui ne veulent plus que j’écrive. Vous les reconnaitrez aisément. Ils ne ‘’Like’’ plus mes ‘’choses’’ là où je les publie.

Maintenant, ça suffit de délirer. Rentrons dans le vif du sujet. Même s’il fut un temps où les mauritaniens prêtaient à ‘’l’hors sujet’’ des vertus, que l’inimitable SNEIBA avaient clairement évoquées dans l’un de ses articles.

Au moment d’écrire son article au sujet des ‘’Mandats’’, SNEIBA ne savait pas comment les choses allaient se terminer au Burundi. Moi, je le sais maintenant. Le Burundi est en train de s’enfoncer davantage dans le sombre tunnel du chaos. Des milliers de citoyens fuient leur patrie, pour devenir réfugiés dans les pays voisins. La garde présidencielle Présidentielle a pris le dessus à Bujumbura. Selon la très crédible BBC, elle aurait mitraillé des blessés dans une salle d’hôpital. Elle serait donc en train de régler, de façon ‘’républicainement’’ expéditive, le compte à ceux qui ont osé perpétrer un putsch ‘’démocratiquement’’ défendable, contre celui qui s’obstine à égrener les mandats : un, deux, trois, j’y suis, je fais tout pour y rester. Les dirigeants du « soulèvement » sont menottés, molestés, affamés, humiliés, et présentés devant un procureur pour appliquer ‘’une justice de vainqueurs’’.  Il me revient, en ce moment, des propos prêtés à l’un des avocats qui avaient défendu, au cours des années 80 du siècle dernier, des présumés putschistes négro-mauritaniens : « dans les querelles politiques entre nos militaires, la limite entre législateur et criminel est très réduite : réussir son coup ou le rater ».

Les putschistes du Burundi ont perdu, mais n’ont pas échoué. Certes, ils ont perdu la bataille contre une garde que j’avais qualifiée plus haut de ‘’Présidencielle’’, étant inféodée au Président et/ou à la Présidence.  Ils ont réussi parce qu’ils ont mis en évidence deux réalités avec lesquelles il faudra désormais composer : (i) le refus quasi-unanime des peuples africains de tout mandat supplémentaire, complémentaire, ou implémentaire; (ii) dans nos pays, il n y a pas d’armées républicaines, mais des épouvantails qui ne pèsent pas lourd devant le suréquipement des gardes prétoriennes de nos dirigeants.

Le « troisième fois’’ candidat-président Nkurunziza a évidemment vaincu, à travers ‘’son armée’’ présidentielle, mais n’a pas du tout gagné. Il aurait gagné s’il avait simplement réussi à maintenir – à défaut de consolider- la cohésion ente les composantes d’un peuple dont la précaire unité se trouve maintenant gravement, et peut-être durablement, compromise.

J’avoue que le choix n’est pas aisé entre un putsch fomenté par des Généraux, et un coup d’Etat institutionnel ‘’négocié’’ entre les juges de la Cour Constitutionnelle et un Président sortant qui refuse de s’y résigner. Nos dirigeants n’arrivent pas à trouver un compromis subtil, entre leurs aptitudes à pouvoir se rendre utiles, et leur penchant maladif à se croire indispensables.

Pourtant, il n’est pas évident que le ‘’champion’’ Nkurunziza puisse avoir la latitude de choisir de quelle manière s’effectuera sa sortie. A peu près comme ne l’avaient pas eu de nombreux dirigeants de son acabit. Parmi ceux-ci, me reviennent, d’emblée, les célèbres Mobutu Sese seko Kuku Ngbendou Wa Za Benga du Zaire et son tombeur Kabila Père, Samuel Doe du Libéria et son exécuteur Charles Taylor, l’ancien soutier de l’armée guinéenne Dadis Camara canardé par son plus proche collaborateur armé, et Blaise Compaoré du Faso, bourreau lui aussi de son ami Thomas Sankara, lâché sous la pression de la foule par sa garde rapprochée.

La volteface de la garde présidentielle Burkinabé, qui a préféré, malgré elle, se transformer en ‘’force vive de la nation’’, me laisse penser que les sauveurs d’aujourd’hui, pourraient bien être les tombeurs de demain. S’ils étaient jusqu’ici redevables au Chef suprême, il se pourrait qu’ils soient désormais tentés de s’approprier l’exclusivité de la légitimité par la force de frappe, acquise grâce à lui.

(2 commentaires)

    • sneiba on 17 mai 2015 at 18 h 20 min
    • Répondre

    Bel hommage cher ami. Une admiration partagée. Merci en mon nom (Sneiba Mohamed alias Abou Malika) mais aussi au nom de mon frangin Sneiba El kory du journal Le Calame. Tout le monde nous prend l’un pour l’autre étant tous deux enseignants (lui inspecteur et moi professeur) et journalistes. J’ai aussi de l’admiration pour lui et particulièrement pour sa chronique « autour d’un thé ».

    1. Merci bien cher ami. Un double hommage, à toi et au frangin, et à nos « double ».

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