Démo-médiocratie

Je pense que les mutations que connait le monde de nos jours sont en train de mener vers une inéluctable réécriture de la politologie. 

En effet, n’a-t-on pas vu ce 14 juillet 2015 à Paris, 300 citoyens français manifester, pour réclamer le renversement de François Hollande par un coup d’Etat militaire ?

François Mitterrand, initiateur du discours de La Baule, qui a été le sifflet de départ de la démocratisation-médiocratisation du continent africain, doit se remuer dans sa tombe. Il ne doit pas être content, son Jacques Attali non plus, de voir les français vivre, au XXIème siècle, un putsch, une période de transition, une suspension temporaire de l’OIF, très provisoire de l’UE, insignifiante du «Machin » (comme De Gaulles appelait l’ONU), des observateurs du Sud qui viennent à Paris, Grenoble, Lille, etc… pour s’assurer de la régularité du scrutin et/ou de la conformité des listes électorales, de la transparence des opérations de vote, que le nombre de bulletins de vote est suffisant, ainsi que de la présence effective des représentants de n’importe qui et de n’importe quoi…

En somme, l’arroseur arrosé. La démocratisation importée en Europe à partir de la pépinière Afro- Mitterrandienne qui pilule de démocrates chevronnés. On peut en citer le très inamovible Robert Mugabe, l’indéboulonnable Paul Biya du Cameroun, le quasi éternel Denis Sassou Nguessou du Congo (non démocratique), en plus des irremplaçables Faure Gnassingbe (très fort d’ailleurs), Ali Bongo et Kabila fils, héritiers illégitimes de leur trio de pères-empereurs-présidents. 

En Afrique, en effet, on assiste à l’enracinement de la médiocratie. Exactement telle qu’ils nous la voulaient, les gars de La Baule et Cie. Au Burundi, à la Nkurunziza, on dialogue, on bloque, on dialogue de nouveau. Finalement on vote pour gagner à tous les coups et n’importe quels coûts (même en vies humaines). On dialoguera plus tard. Rien ne presse. Les boycotteurs ? Ils ne comptent pas grand-chose : « suffrages non exprimés, immaturité démocratique d’opposants, sans base populaire, manipulés par les forces étrangères et les ennemis extérieurs et intérieurs de la nation ». C’est cela le grand Nkurunziza qui, narguant tout le Monde, massacre ses citoyens pour les gouverner, malgré eux, au moins, une troisième mandature, comme s’ils ne pouvaient vivre sans lui. 

Voici aussi que le vieux colonel congolais Denis Sassou Nguessou, se ravise pour se rendre compte, que la Constitution de son pays devrait évoluer… Entendez par là : vers lui. Par le truchement de « concertations nationales », Il prépare avec grande habileté son auto succession.

Voilà encore qu’au Rwanda, le « Parle-ment » affirme qu’une pétition de 3,7 millions de Rwandais, sur un corps électoral de 6 millions d’électeurs et une population totale estimée (en 2012) à 10,5 millions d’habitants, constitue un élément qui ne pourrait être négligé et que, compte tenu des « réalisations grandioses » de Kagamé, la modification de la constitution « s’imposait » pour lui permettre de parachever (quand?) ce qu’aucun autre Rwandais, selon le même ‘’parle-ment’’, ne semble pouvoir poursuivre à sa place.

Il y aura, sans aucun doute, d’autres Kagamé, et d’autres cas non « gammés ». En tous cas, tous étoilés, et à plusieurs galons. C’est en respect, vous dira-t-on, du principe bien connu du « le peuple le veut« . Pauvre peuple qui ne sait pas, en réalité, ni ce qu’il veut ni ce qu’on lui en veut !

C’est, dans nos projets d’Etats émargeant, le passage de l’Etat-providence à l’Etat-individu, la mutation « profonde » des systèmes à partis uniques vers des institutions à unique partie. Une partie jouée et gagnée à l’avance. 

Qu’on nous laisse donc avec nos systèmes que nous adaptons au gré des volontés de ceux qui ont la malchance de nous diriger. Nos systèmes politiques sont tout à fait comme nous : malléables et corvéables. Nous alternons les commissions électorales et les commissions tout court. Quand ça bloque quelque part,nous rectifions avec un putsch, sans grand bruit, à l’aube, pour que tous le monde se réveille « consensuellement ». L’entente, la concertation, les palabres, et maintenant les pétitions, font partie de notre culture pour consolider nos inopérantes Institutions et faire évoluer nos inutiles Constitutions. C’est, comme l’on dit chez nous, « à l’instar des nations« . Deux des plus grandes démocraties de ce Monde ne possèdent pas de loi fondamentale : Israel et le Royaume Uni. Elles ne s’en portent pas du tout mal.

Les Européens savent pertinemment, mais l’occultent perfidement, que nos réalités sociétales ne nous permettent pas d’abandonner certaines pratiques qui, pour les profanes et les simples d’esprit, peuvent paraître anachroniques. Parmi ceux qui nous ont compris, même très tardivement, on peut citer Monsieur Romano Prodi. Mais, à sa décharge, il n’avait fait mention publique de telles opinions que lorsqu’il n’était plus Premier Ministre de son pays (l’Italie), et avait quitté les commandes de la Commission Européenne de Bruxelles. C’est alors, et seulement alors, qu’il avait retrouvé des idées plus claires et des analyses mieux pertinentes.

Notre système de gouvernance médiocratique est maintenant bien enraciné. La méritocratie est pour plus tard. Elle se conquiert, et les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent.

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