Oct 17

Un réveil atypique

debellahiL’un de ces récents matins, j’ai eu un réveil atypique. En effet, subitement, sans que je sois politicien ou politisé, j’éprouvai une irrésistible envie d’aller au « dialogue national inclusif« . Quelle mouche m’aurait piqué ? Pas la Tsé-tsé, en tout cas. Mes vaccins sont encore valides. Mais ils sont contre la fièvre jaune et la méningite, ceux que l’on m’avait inoculés un jour de 2014.

Et voilà l’explication tout trouvée : la méningite. Ce sont mes méninges qui agissent pour me pousser à me frotter à plus forts et plus grand que moi : les politiciens et la « Boelletig »* de mon pays.

Pourquoi pas ? Essayons donc de plonger dedans. Mais, situé exactement à mi-chemin entre le pessimisme et l’optimisme, autrement dit au réalisme, je me rendais rapidement compte que la tâche est trop complexe pour être réalisée comme un simple rêve.

En effet, j’ai de  nombreux handicaps qui limitent mes aptitudes dans ce domaine :

  1. mes préalables : on doit me donner suffisamment le temps d’exprimer ce que j’ai dans la jugeote. Il parait qu’on ne vous donne que 5 (cinq) petites minutes. C’est insignifiant pour livrer ce qu’on pense du présent et du devenir d’un peuple et d’un état ;
  2. sans excès de modestie, je ne représente rien et personne, ce qui ne facilite guère mon cas. A quoi servirait quelqu’un qui ‘’apporterait’’ une valeur ajoutée nulle;
  3. je ne suis affilié à rien et personne. Je n’ai pas de parti politique et pas de parti pris. Qui va perdre son temps donc à inviter un Monsieur Lambda pareil ?
  4. à défaut, je vais dialoguer avec moi-même. Vais-je trouver un compromis avec moi-même ? Rien n’est moins sûr ! C’est tellement brouillé dans ma petite tête, que je ne pense pas pouvoir sortir avec quelque chose de cohérent et politiquement ‘’bancable’’ Plusieurs questions me taraudent : que faire avec Birame ? C’est une réalité qu’il faut prendre en compte, même en pertes et profits. Que dire aux Flam, TPMN et autres mauritaniens qui se sentent victimes de discriminations raciales, économiques et sociales ? Comment satisfaire les forgerons et les griots qui se sentent lésés et marginalisés ? Comment convaincre les jeunes qu’un conseil supérieur, avec un exécutif gracieusement rémunéré pourra leur assurer de bonnes qualifications professionnelles et leur procurer des emplois stables et valorisants ? Comment faire comprendre aux « noiretaniens » (je n’ai pas inventé ce mot) et aux « mauretaniens » (je n’en ai pas non plus le brevet) qu’il y a de la place dans tout œil pour son blanc et son noir et qu’ils ne marchent qu’en symbiose ? Vais-je trouver les mots qu’il faut pour expliquer que la Mauritanie est immensément riche, qu’elle est sous peuplée et qu’il y a suffisamment de place et de ressources pour toutes ses filles et tous ses fils ? Réussirai-je à faire passer le message que le pays au million de poètes s’est transformé, bêtement, en pays aux millions de politicards. On a certes besoin de gens qui font la politique (la vraie), mais nous avons besoin d’autres, plus nombreux, compétents et consciencieux pour faire l’État. Ce dernier n’est pas que politique ou partisan : il est sécurité, économie, éducation, santé, culture, sports, infrastructures, aménagement du territoire, planification, urbanisation, théologie, écologie, industrie, recherche, etc..
  5. avec quels arguments amener « Le Peuple Souverain» à se rendre à l’évidence que le Président n’est pas la République ? Lui faire accepter qu’il est bel et bien utile, mais pas du tout indispensable ? Qu’il peut partir sans qu’il y ait sécheresse ou déluge dans le pays ?

Que j’assiste ou non, c’est blanc bonnet et bonnet blanc. Les déclarations, apparemment, savamment sélectionnées suffisent pour m’édifier. Tout semble donc parfait au pays. Son passé est glorieux. Son présent est lumineux. Son avenir est clairvoyant et radieux. Les dés sont donc jetés. Les modifications et ‘’réadaptations-réajustements’’ seront vivement recommandés et rapidement mis en œuvre. Surtout pour ceux, essentiels parmi eux, qui concerneraient cette chère et incorrigible Institution Présidentielle qui nous cause tant de soucis depuis SIDIOCA. Un plébiscite est prévisible à la consultation référendaire qui s’en suivra. Mais, aura-t-on fait les meilleurs choix pour l’avenir de la Mauritanie Arabo-africaine pour un devenir meilleur de son peuple et un ancrage solide du pays dans son environnement géopolitique ? Je suis circonspect quant aux réponses à ces interrogations.

Le profane que je suis avait envoyé au « dialogue national inclusif » la proposition de prévoir à la nouvelle Con-stitution, en plus de l’hymne nouveau et le drapeau redessiné, un mandat unique de (12) douze ans. Les trois premières années pour effacer les séquelles des « anciennes périodes ». Deux années pour ébaucher les grandes lignes des chantiers grandioses du mandat. Les cinq années suivantes pour mettre en œuvre entièrement et complètement lesdites réalisations. Ainsi, personne ne pourra, à l’avenir, se targuer d’être indispensable pour achever « ses » projets.

Si je ne venais pas baragouiner au dialogue, vous- voilà, au moins, sensibilisés..,
L’avenir de vos enfants est de votre responsabilité. Assumez-la. Vous êtes des gens avertis. Vous en vaudrez combien ?


(*) Mot utilisé par l’éminent journaliste Sneiba Mohamed, pour désigner la pratique politicienne en Mauritanie 

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.