Fév 05

Soudain, je voulus être Étasunien

Soudain, je voulus être Etasunien

Donald Trump

Tôt ce matin, en suivant comme d’habitude les informations sur Radio France Internationale (Rfi), je fus pris par une subite et folle envie : soudain, je voulus être Étasunien.

En effet, je venais d’entendre qu’une cour d’appel aux États unis d’Amérique (USA) avait rejeté, de surcroît un dimanche matin, le recours du Ministère fédéral de la justice, au sujet du décret signé tout récemment par le tout nouveau et bouillonnant Président étasunien, Donald Trump, interdisant aux ressortissants de 7 (sept) pays musulmans de fouler le sol des USA.

L’application du décret en question avait été suspendue sur une décision d’un juge fédéral, qualifié par Monsieur Trump, qui est l’un des usagers les plus assidus et les moins appréciés de Twitter, par « le soi-disant juge ».

Dans la bouche d’un Président, de tels propos peuvent être considérés comme outrage à magistrat et, en conséquence, donner lieu à des poursuites judiciaires. Il est d’usage que les responsables de l’exécutif s’abstiennent de parler des dossiers soumis à l’appréciation de la justice, à fortiori porter des jugements de valeur sur les hommes chargés de la distribution équitable des devoirs et droits par l’application stricte de la loi, dans la rigueur de son esprit et la clarté de sa lettre.

L’histoire avait commencé lorsque Donald Trump, le nouveau locataire du Bureau ovale à la Maison Blanche, avait, dans ce qui a été assimilé par nombre d’observateurs à un acte d’Islamophobie, signé un ordre exécutif interdisant l’accès au territoire des États unis  à plus de 60 000 détenteurs de visas obtenus légalement, pour la seule raison, semble-t-il, qu’il sont originaires de pays musulmans.

Le tollé de protestations et d’indignation ne se limitera pas aux seuls candidats au voyage. Bien au contraire, les compagnies aériennes furent touchées, les manifestations remplirent un grand nombre de grandes villes de par le Monde, les entreprises de la célèbre et emblématique Silicon Valley ont crié à la catastrophe, une grande partie de leur expertise étant importée de pays extérieurs. Les déclarations alarmistes et indignées ont rapidement commencé à pleuvoir de la part des géants Apple, Google, Macintosh, etc…

Les extravagances de D. Trump sont désormais connues de tous et ne sont pas la cause directe de mon inspiration, ni de ma subite et folle envie d’être américain, seulement pour le temps de cette bataille juridique et judiciaire.

Je voudrais vivre un moment comme citoyen d’un pays où l’exécutif fait marche arrière devant la justice. Je souhaiterai admirer la beauté et la réalité (la vraie) de la séparation des pouvoirs. J’en ai un besoin viscéral et vital, moi qui, depuis que je sais distinguer entre le bien (selon moi) et le mal (controversé), je n’ai connu que les exécutifs qui ne se séparent jamais, de leur gré, de n’importe lequel des pouvoirs. Ils ont la maladive manille et la fâcheuse habitude de les garder tous entre leurs mains et, parfois, leurs pieds avec.

Depuis que j’ai cessé de sucer mon pouce et mon index par intermittence ou en concomitance, je n’ai jamais rencontré un brave citoyen de mon cher Pays me ragaillardir et me revigorer par le fait qu’il a été chez le greffier et que, en définitive, il a été justement traité sans interférences de hauts responsables ou de pesants notables.

Je me rappelle, au contraire, quelques réalités qui, parfois, me donnent la tentation de ne pas être fier de mon appartenance. J’ai toujours présent à l’esprit que, lors de l’investiture du Président, malgré moi, de mon cher pays, le conseil Constitutionnel, en égrenant le Back-Ground du gagnant aux élections, élu des armées, l’orateur avait énuméré à l’actif de l’intéressé « plusieurs mouvements de rectifications », ce qui veut dire, en français local de l’opposition dite « radicale » « Putschiste récidiviste ».

C’était, pourtant, l’instance constitutionnelle suprême de mon pays. En parlant de suprême, il m’est revenu que le Président de ce qui fait office de Cour Suprême chez moi, avait été limogé, malgré le fait qu’il est censé être nommé pour un mandat irréductible. Lorsqu’il avait essayé (ou fait semblant) de résister et de jouer au héros, il avait été sorti manu-militari du siège de la Cour où il voulait faire sit-in, avec l’appui d’un groupe d’avocats, en guise de résistance. Ils ont tous déchanté à l’arrivée des forces de maintien d’ordre. Pourtant, il était plus ordonné de laisser le magistrat terminer son mandat, au lieu de l’amadouer, dit-on par un poste d’ambassadeur dans un Yémen qui se fragmentait et qu’il n’aurait jamais rejoint.

Combien de fois j’ai entendu et vu l’exécutif interférer dans le travail de la justice. Souvenez-vous de la célèbre phrase du chef de l’exécutif qui, en ricanant, avait dit à propos d’un présumé impliqué dans l’achat de produits avariés « s’il se rassasiait de ce riz, je le libère  aussitôt» ? Ce qui veut dire, sans équivoque, que c’est lui qui le détenait, au moment où le dossier était en instruction. Combien de fois vous avez entendu que le Président ‘’a gracié’’ des prévenus, au moment où ils bénéficient de la présomption d’innocence et qu’aucune condamnation n’a été prononcée à leur encontre ? Combien de fois vous l’avez entendu qualifier des présumés innocents de « Criminels » ? Sous d’autres cieux, ça aurait été considéré comme un vice de forme qui annule toute la procédure, aussi tortueuse fut-elle ?

Il serait fastidieux de vouloir énumérer toutes les manifestations de la promiscuité entre tous les pouvoirs chez nous. Il est plus pratique et concis de dire : les pouvoirs chez nous sont séparés, seulement, entre les deux mains du Président.

Le camouflet que viennent d’infliger les magistrats américains à leur Président, en annulant effectivement la mise en œuvre de son ordre exécutif est un exemple qui doit faire réfléchir plus d’un. Un juge dont la décision est opposable à l’extravagance du dirigeant de la seule méga-puissance au Monde donne toute sa substance à la loi comme expression de la volonté populaire et son sens intégral à la justice en tant que colonne vertébrale de tout État. En l’absence d’une justice compétente, libre et indépendante un État ne peut tenir debout ou, plutôt, tenir tout cours.

Ma soif de justice fait que j’ai voulu être américain, le temps de cette manifestation, au grand jour, du recadrage des différents pouvoirs.

J’avoue que j’ai toujours été fasciné par la constance américaine qui connait l’antagonisme politique entre les seuls Républicains et Démocrates qui, il faut le reconnaître, sont tous démocrates et républicains et, surtout, en dessous de la loi.

Avec D.Trump, qui semble vouloir diriger les USA en cupide commerçant, deux hypothèses se dessinent déjà : ou le monde globalisé sera domestiqué par le ‘’Trumpisme’’, ou les États Unis éclateront comme l’URSS sous Mikaël Gorbatchev et Boris Eltsine.

Belle Plume, Février 2017

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