Rectificatifs à la rectification

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Allah fit que l’Homme, par essence, est imparfait. Comme rien n’est laissé au hasard et tout est écrit  à l’avance, il créa, pour pallier à l’imperfection humaine, la rectification et ses rectificatifs.

C’est grâce à la rectification que « la Mauritanie a été sauvée du précipice » par le rectificateur qui, à trois reprises,  s’est trouvé contraint de rectifier la constitution, rien que pour l’intérêt de ce peuple qui lui doit tout et auquel il n’est redevable en rien.

Comme je ne suis ordonné que dans mon désordre, je vais commencer par la troisième fois, la plus récente. J’ai évité, sciemment, de la qualifier de dernière. Elle était, aurait-on dit, pour honorer cette résistance, tant négligée et ingratement oubliée, qui avait « forcé » les français à quitter notre chère patrie. Elle était aussi, semble-t-il, pour nous faire changer de drapeau, d’hymne, de système parlementaire, etc… Bref, pour nous adapter aux exigences de notre nouveau statut de pays ayant déjà émergé. Un pays qui, grâce à l’exceptionnelle réussite de son bouillonnant Ministre de l’Economie et des Finances, fait bien des jaloux parmi les Etats voisins et, au-delà, parmi les pays du monde. Ce Ministre prodige, pur produit de la rectification, qui raille les journalistes et les parlementaires en valorisant son quotient intellectuel (QI) par son célèbre « si vous ne pouvez pas comprendre, moi je comprends bien».

La première fois, j’y reviens, était pour panacher notre chère constitution, tant martyrisée, avec une certaine charte constitutionnelle, tout en maintenant en place le conseil constitutionnel tel quel. Celui-ci, faut-il le lui reconnaître comme exploit de passivité, s’en était bien accommodé.

Il allait également s’accommoder, notre très discipliné conseil constitutionnel, du second « sursaut patriotique », qualifié alors, par son instigateur, de « réaction » pour geler les dispositions constitutionnelles relatives à « l’institution présidentielle » qui, selon ledit instigateur des rectifications, devenait « source de blocage ». De quoi et/ou de qui ? Je ne saurai vous le dire.

Je compte sur votre indulgence pour l’utilisation inappropriée du terme « instigateur » qui, vous le savez, a une connotation complotiste. Je l’ai emprunté à partir du site de la très officielle agence mauritanienne d’information (AMI) dans la non moins officielle Biographie qu’elle présente de l’actuel et, apparemment futur, Président de notre jeune et très chanceuse République.

Chanceuse pour ce qu’elle a eu en lui, pour une fois, l’un de ses fils qui ne pense qu’à elle, à ses intérêts et à la plénitude de son Peuple de héros. Voilà qu’il a fait de nous, grâce aux deux sommets historiques bien avant leur tenue, vite oubliés après celle-ci,  le Caire de ce qui reste des Arabes et l’Addis-Abbeba des Africains en vogue.  Voilà qu’il a fait de notre Mauritanie nouvelle, un îlot de « croissance accélérée et de prospérité partagée » et un paradis sur terre qui fait blêmir le Sultanat de Brunei et celui de Oman. Avec « le progrès et la prospérité » que décrivent, de manière abracadabrantesque, les médias de notre très pudique service public, notre Peuple de conquérants « Almourabitoune » et de résistants « Oumtounsi », ‘’crache’’, comme on dirait en dialecte Hassanya,  sur la tête  du Bhoutan, ce petit Royaume au pied de l’Himalaya où on ne mesure plus le PNB (produit national brut), mais  le bonheur national brut (BNB).

Quel bonheur de se sentir entre les bonnes mains de quelqu’un qui n’a d’yeux que pour son pays et la quiétude de ses concitoyens. Quelqu’un qui a su vaincre le terrorisme et le crime organisé. Nous dormons , tranquilles, dans les rues des différentes Moughataas et dans les quartiers (jadis) précaires. Pas de vols, pas de viols, pas de meurtres, pas de braquages, contrairement aux citoyens des pays voisins. Quel privilège de s’entendre dire, à longueur de discours et d’orientations, que nous sommes largement et nettement meilleurs que les pays voisins qui nous envient à mort.

On est chanceux quand on à l’actif de la République et de son Peuple, un citoyen clean, dévoué, désintéressé, militairement démocrate et démocratiquement militaire pour, au besoin, rectifier ce qui doit l’être.  Il n’est pas donné à toutes les nations d’avoir des ressources humaines aussi valeureuses que celles qui se sont révélées aux mauritaniens à l’aube d’un inoubliable 03 août 2005.

Nous sommes choyés car, depuis lors, nous vivons la démocratie certifiée qualité. Vous n’avez pas vu que l’Union européenne s’est contentée, les votations précédentes, de ce qu’elle avait appelée « une expertise » ? Vous n’avez pas appris que, la prochaine échéance, elle ne veut plus envoyer ses observateurs qui venaient avec leurs observations préétablies ? C’est dire que c’est l’aveu de « la communauté internationale » que nous ne sommes plus en ‘’processus’’ ou ‘’expérience’’ démocratiques, mais dans une démocratie majeure et vaccinée. C’est pourquoi certains pays sont venus capitaliser notre savoir-faire en la matière. Je m’en trouve, je l’avoue, vigoureusement ragaillardi.

Notre démocratie ne connait plus et ne reconnait pas de tribus ou de notables. Elle n’accepte plus les dosages par-ci ou les rééquilibrages par-là.  Plus de Haratine, de Négros, de Beidhane. Tous kif kif : celui qui n’est pas avec nous est contre nous.  Notre démocratie ne prend en compte que la volonté populaire exprimée par le suffrage universel direct, voire très direct. Pour raffiner et ancrer davantage notre démocratie, nous avons  supprimé, lors de la troisième rectification, le système parlementaire bicaméral qui perpétuait le peu démocratique suffrage indirect.

C’est dire, pour ne pas vous donner davantage de tournis, avec mon passage récurrent du coq à l’âne et vice versa, que tout est parfait chez nous. Comme on dit dans la sémantique officielle, « toutes les mesures sont prises » pour que tout marche comme on veut et comme il peut. A défaut, par pragmatisme, nous le rectifions. Vous avez bien compris : même la rectification se rectifie.

C’est ce dernier concept, développé en filigrane par notre polyglotte (en Arabe) de Ministre porte-parole de tout, au cours de sa récente et très (trop) solennelle conférence de presse, qui ne semble pas avoir été bien compris.

Pour situer les choses dans leur contexte, reconnaissons tout d’abord au Ministre qu’il a cette impressionnante capacité d’avoir toujours été, à l’issue du conseil des ministres, le porte-parole aussi bien du Gouvernement, de l’union pour la république (UPR). Ce qui fait souvent dire à ceux qui, comme lui, réfléchissent en Arabe, qu’il est le « porte-parole officiel du gouvernement ». C’est peut-être,  cet officiel de trop, qui l’a incité, lors de sa dernière sortie, de s’ériger en porte-parole du Peuple.

Au nom du Peuple, il a affirmé que le Peuple veut que l’actuel  « régime » (encore une péjoration) restera au pouvoir et ceux qui pensent que l’actuel n’est pas le futur Président « rêvent éveillés ».  Ces affirmations ont suscités un tollé au sein de l’opinion nationale relayé par les grands médias internationaux.

Avec ces vives réactions, l’opinion nationale montre qu’elle est encore immature et qu’elle a encore besoin de l’actuelle direction nationale, étant très attachées l’une à l’autre. La constitution l’interdit ? Elle n’est pas le Coran ! Elle peut être rectifiée. Le Président avait dit autre chose au Palais des Congrès, à Jeune à fric et autre France 24.  Le ministre vient, tout simplement, de le rectifier en nous permettant d’y voir clair les prochains jours. Soyez patient et sachez, Peuple de héros, que Monsieur le Ministre n’a fait qu’apporter, en vertu du célèbre « le peuple le veut », un léger rectificatif à la rectification.

Belle Plume

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