A Monsieur le candidat du consensus national

Photo Ghazouani

Le Président Ghazouani

Au lendemain du 22 de juin 2019, j’ai l’intime conviction, Monsieur le Candidat du Consensus national, que vous deviendrez le premier Président de la République Islamique de Mauritanie, élu au cours d’une élection largement inclusive et fortement participative.

Votre élection à la magistrature suprême suscite, chez vos concitoyens, l’espoir de redevenir eux-mêmes et de voir, enfin, se concrétiser une idée qu’ils se font de leur pays.

Ils rêvent, en effet, et vous le leur avez promis, d’une Mauritanie qu’ils voudraient bâtir, avec vous, pour vos enfants, les leurs, leur génération et celles à venir. Une Mauritanie ni ancienne, ni nouvelle, ni profonde mais, tout simplement, réaliste et réelle. Une Mauritanie qui assume son passé, est consciente des réalités de son présent et, avec vision prospective et démarche anticipative, se projette avec ambition dans l’avenir.

En votant pour vous, ils auront fait le choix d’un pays où aucun citoyen ne se sentira laissé pour compte, grâce à la réhabilitation et la consolidation de l’Etat de droit. Une Mauritanie où les tribus et les notabilités s’effaceront, comme par enchantement. Elles n’auront plus leurs raisons d’être, devant les performances de l’Etat, par la force du droit au lieu de la raison de la force. Elles laisseront leur rôle à la diversité dans la complémentarité, à la pluralité, à l’égalité des chances, à la diversification des opportunités et à l’équité spatio-temporelle. En somme, l’éradication de toutes formes de tributs.

En votant pour vous, elles auront fait le choix d’une Mauritanie plurielle, où la pensée supplante les arrière-pensées, où le passif humanitaire aura été réglé et, (pour utiliser un terme comptable, provisionnée par la prévision de tout risque de conflit entre nos communautés, et où sera revalorisé l’énorme actif de ce que nous avons su, au fil du temps, en symbiose, réaliser ensemble.

Une Mauritanie-nation, où sera ancrée l’idée qu’on peut être différents, sans y trouver la moindre raison d’avoir des différends. Une nation réconciliée et juste, où on respecte profondément les communautés et combat, vigoureusement, les communautarismes.

Elles ont opté, ces populations qui vous ont porté à la plus haute charge de l’Etat, pour un pays où la lâcheté, l’hypocrisie, la partialité, le clanisme, le clientélisme, l’arrivisme, le suivisme, l’affiliation tribale ou partisane, la médiocratie, le copinage, le cousinage, la violence, l’autocratie, la tyrannie, l’inversion de l’échelle des valeurs, le règne des stupéfiants et anabolisants, les vols, les viols, toutes les formes d’esclavage et l’ensemble de ses séquelles, et la violence morale ou physique seront, à jamais, bannis. Un pays où, les paroles seront toujours traduites en actes, et les actes motivés par la bonne et juste parole.

Dans la Mauritanie que vos concitoyens projettent, une importance capitale à la ressource humaine. C’est celle-ci qui crée la richesse et non l’inverse. Les compétences seront valorisées et la promotion se fera sur la base du seul mérite. Personne ne pourra se dérober à ses responsabilités. La récompense sera mise en application avec équité et rigueur, et la sanction sera, systématiquement, mise en vigueur.

Dans la Mauritanie qu’ils veulent, chaque citoyen vivra pleinement sa dignité, et pourra gagner sa vie à la sueur de son front. Dans cette Mauritanie, sera réhabilitée la valeur du labeur, pour prendre la place de l’esprit d’assistanat, de la facilité et de la mendicité sous toutes ses formes et le savoir redeviendra, comme par le passé, synonyme de valoir. Vos compatriotes prendront davantage conscience qu’ils ont la chance et le privilège d’avoir un pays immensément riche. Dignes, fiers, et exceptionnellement sobres, ils n’accepteront plus de continuer à vivre dans un dénuement qui blesse leur honneur et entache leur sens élevé de la fierté. Ils comprendront, en toute sincérité, que ’’ la mendicité internationale’’ n’a jamais sorti personne de ses difficultés et, au mieux, ne fait que charger de dettes les frêles épaules de nos générations montantes qui, en plus, sont peu préparées, jusqu’à présent tout au moins, à faire face à de tels défis existentiels.

Regardez autour de vous, Monsieur le président. Regardez droit dans les yeux de nos merveilleux enfants, les vôtres, les leurs et les autres. Vous verrez combien il est perceptible, voire lisible, que leurs aspirations et rêves sont grands, voire grandioses. Prenez le temps d’observer leurs comportements et mouvements et d’anticiper l’interprétation du sens de leurs prises de positions futures. Leur silence est assourdissant, le tourbillon de leurs réflexions précoces est ravageur et leur marche vers leurs aspirations est inexorable.

Nous avons la chance, Excellence, d’être nés, eux et nous, sur cette terre si fertile et si généreuse. Une terre qui, à la fois, a produit de sublimes et remarquables patriotes, comme vous, et de piètres et exécrables vauriens et opportunistes, comme rien.

Je ne m’attarderai pas sur ces derniers. Ils ne méritent pas que l’on s’apitoie sur leur sort. Quant aux premiers, patriotes avertis et citoyens dévoués, je sais qu’ils ne reculent pas quand le devoir les appelle et n’hésitent guère quand leur heure sonne. Je crois que c’est le cas, ici et maintenant. Par souci de justice et de justesse, laissons à l’histoire le jugement à porter sur l’action de tous ceux qui vous ont précédé. Sans vouloir verser dans le pessimisme ou l’alarmisme, je vous dis que la tâche est titanesque, Monsieur le Président ! Dans ce pays, ce qui n’est pas à faire est, dans beaucoup de cas, à refaire.

Notre peuple, apparemment un peu plus que ceux d’ailleurs, est, excusez mon expression, trop naïf. Il a été longtemps hypnotisé par des promesses pompeusement mensongères, des réalisations feux-follets et des progrès farfadets. Mais notre peuple – je l’ai déjà dit – à un sens élevé de la retenue et de la dignité. Il suffira de cesser de lui mentir pour le voir reprendre confiance en l’Etat et se mobiliser, comme un seul homme, pour contribuer, chacun en ce qui le concerne, à l’œuvre de construction nationale. La vérité indéniable s’exprimera, en dehors de toute improvisation ou impulsivité, à travers une série de propositions minutieusement réfléchies et méticuleusement pesées pour présenter des solutions pertinentes, efficientes, efficaces et durables aux problèmes des populations et aux défis qu’affronte le pays.

Ce sera un combat de tous, de tous les jours, de tous les instants et auquel chaque mauritanienne et tout mauritanien doit être invité à apporter leur précieuse contribution.

C’est bien possible car, en Mauritanie, il y a de la place, au propre comme au figuré, pour toutes ses filles et tous ses fils. Ça sera d’autant plus aisé, si vous réussissez, tout en étant Président, à demeurer un citoyen modèle. Méfiez-vous des conseillers-renards et des amis filous. Et par-dessus tout, sachez écouter des choses qui ne plaisent pas nécessairement à les entendre, mais qui aident considérablement à prendre les décisions objectives et idoines.

Prenez le plus souvent des décisions et, autant que faire se peut, évitez de toujours donner des instructions. Ces dernières sous-tendent l’improvisé et le subjectif, tandis que les premières supposent l’analyse des tenants et aboutissants de la question au sujet de laquelle on décide : personne ne dispose du monopole de la vérité, ni de celui de la raison.

La vérité et la raison jaillissent de la discussion dépassionnée entre protagonistes, et même antagonistes. La sagesse de notre peuple l’emportera toujours. Il l’a hérité de l’Arbre à palabres, de ‘’Diengré’’ et de nos tentes de ‘’Salamaleks’’. Nous reconstituerons une Mauritanie réconciliée avec elle-même, et ancrée de nouveau comme charnière entre l’Afrique du nord, et celle au sud du Sahara. Elle saura concilier entre la capitalisation des avancées du nord et la saisie des opportunités au Sud.

La Mauritanie telle que la conçoivent, avec vous, vos concitoyens, ne sera plus jamais tiraillée entre ses composantes, et ne connaîtrait plus comme dispute, que celle que se livrent, depuis la nuit des temps, l’Harmattan et la Brise marine pour se l’approprier. Elle redeviendra un îlot de paix, de culture, de brassages et d’échanges. Elle cessera d’être ce désert intellectuel épouvantable qui tranche lamentablement avec sa vocation de toujours.

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